— Mon chéri, mon cœur, demandait-elle, m’as-tu enfin pardonnée, de t’avoir, bien malgré moi, trompé avec Gentillot ?
— Relève-toi, dit Lorillard avec bonté.
Puis il ajouta, tout en nouant sa serviette autour de son cou :
— Ne parlons plus de cela. Puisque je suis revenu, mon Angèle, c’est que je t’ai pardonnée…
Ainsi Fortuné Lorillard, qui fut millionnaire, et puis vagabond, sortit de peine en retrouvant Angèle. Croyez qu’il ne songe pas à la quitter. Car elle est bien belle et amoureuse. Et puis, feu Dujardin lui a laissé de fortes rentes. Aussi Fortuné entreprend-il d’obtenir le divorce contre Valentine disparue. Angèle redeviendra, pour toujours, Mme Lorillard.
L’un et l’autre sont grandement estimés de leurs voisins. M. Calandrap se fait une joie de venir à Versailles, pour déjeuner avec son ami. Il ne manque pas, tant que dure la saison des roses, de porter à Angèle les plus jolies de son jardin.
— Je suis tout à fait heureux, me déclarait Fortuné, l’autre jour. Mais un petit remords me taquine, de loin en loin. Je me reproche parfois mes filouteries… En vérité, dites-moi votre opinion. Suis-je un monstre ?
— Tranquillisez-vous, lui ai-je répondu. Vous n’êtes pas un monstre, puisque le monstre, par définition, est un être exceptionnel. Et qu’avez-vous donc d’exceptionnel ? Vous personnifiez assez correctement, au contraire, un type contemporain excessivement répandu : le type de l’homme que nulle infamie ne rebute, quand il s’agit de gagner de l’argent…
FIN