— Tenez, dis-je ; le voici, votre billet. Vous dormiez, tout à l’heure, vous l’avez laissé tomber, je l’ai ramassé pour que vous ne l’égariez pas une fois encore.
— Je vous remercie très vivement, Monsieur, me répondit-il en soulevant son chapeau percé.
Je partais, sans plus m’occuper de lui, et j’avais déjà fait quelques pas hors de la gare, lorsque quelqu’un me toucha le bras. C’était encore mon vagabond.
Très pâle, maintenant, et visiblement dégrisé, il me demanda, l’air tourmenté :
— Je vous prie de m’excuser, mais n’avez-vous pas ramassé un papier, une lettre, en même temps que mon billet ?
— Non, répondis-je. J’ai bien aperçu quelque chose comme cela, en effet, mais je l’ai laissé…
— Quel malheur ! s’écria-t-il, tragique. Quel malheur ! Et le train est reparti, à présent… C’est qu’il y avait dans cette lettre, ajouta-t-il, une adresse que je ne pourrai jamais me rappeler.
Il contemplait le pavé, en bredouillant.
— Rue de… de… de…
Sa douleur paraissait immense. Je me sentais un peu responsable. J’aurais dû, en somme, la ramasser aussi, cette lettre. J’entrepris de le consoler et lui dis :