Et, sur la pointe des pieds, Lorillard indigné gagna la rue, s’élança vers le poste de police.

Bien qu’il fût minuit trois quart, le commissaire se trouvait encore dans son bureau. Personne ne s’en étonnera, car tout le monde lit les fait-divers, et sait, conséquemment, que les commissaires de police sont laborieux et actifs. Nul ne mérite mieux ces louanges que le fonctionnaire qui, si tard, accueillit mon ami. Il en mérite même d’autres, car il se montre aimable avec le public, et, d’autre part, cultive les sciences, en particulier l’entomologie. C’est pour cette raison qu’après avoir entendu l’incomplet et triste rapport de Lorillard, il sourit, et prononça doctement, tout en faisant tourner une règle entre ses doigts :

— Hé ! Hé ! mon bon monsieur, vous voici classé dans la famille des longicornes !

Craignant de demeurer incompris, il arrondit la bouche, et ajouta :

— Ce sont des coléoptères, monsieur, des co-lé-op-tè-res !

Ensuite il interrogea Fortuné :

— Tenez-vous réellement à un constat ? Réfléchissez. Sur le coup, vous êtes contrarié. Mais demain, peut-être regretterez-vous d’avoir accordé tant d’importance à cet événement ?

— Trop d’importance ? Mais songez donc qu’ils sont en train de…

— Il suffit, dit le magistrat en se levant. Conduisez-moi chez vous.