— Allez-vous-en dehors, en attendant, répliqua le concierge, qui la poussait par les épaules. Et n’oubliez pas d’emmener votre produit.

Elle résistait, ne cessant de répéter, d’un ton aigre et puissant, qu’il y avait, Dieu merci, des lois en France, et qu’elles ne permettaient point, ces lois, que l’on labourât une femme sans son autorisation, que l’on engrossât de force une jeune fille pure, et qu’après l’avoir contrainte pendant neuf mois à porter un faix illégitime, on se désintéressât et de l’arbre et du fruit.

Lorillard, de son cabinet de travail, entendit le vacarme dont le rez-de-chaussée retentissait. Il envoya son secrétaire s’informer, puis continua de lire son courrier.

Le secrétaire revint, hilare.

— C’est, dit-il, une pauvre folle, avec un petit garçon. Elle est borgne, et elle assure que vous l’avez violentée.

Fortuné se mit à rire, et répondit, jovial.

— Très drôle, mon ami, très drôle. Pourvu qu’elle n’aille pas prétendre que c’est moi qui l’ai éborgnée.

Comprenant qu’il s’agissait de Béatrice, il plaisantait ainsi pour masquer son trouble, et pour empêcher que ses gens soupçonnassent qu’il avait caressé une femme tellement pauvre et laide.

— Elle affirme qu’elle ne partira pas d’ici, continua le secrétaire. Faut-il téléphoner au commissariat ?

— Nullement, dit Lorillard. Faites-la monter ; elle m’amusera. Mais qu’elle laisse le mioche en bas.