Peu de secondes après, Béatrice pénétra dans le bureau fastueux. Fortuné congédia le secrétaire.

— Me reconnais-tu ? demanda la fille de Brigontal. Ah ! je t’ai retrouvé, à la fin.

Elle jeta un regard autour d’elle.

— Il paraît que tes affaires vont bien. Mais je meurs de misère, moi, pendant ce temps-là, avec le pauvre petit ange que tu m’as fait, dégoûtant !

— Si je suis dégoûtant, répondit Lorillard avec froideur, je n’ai pas pu te faire un petit ange. D’un autre côté, quoique j’aie autrefois eu quelque bonté pour toi, je ne vois pas que tu aies droit à une pension. C’est moi, bien plutôt, qui devrais t’en demander une. N’essaie point de me menacer. Tu perdrais ton temps et ne tarderais pas à loger à Charenton, avec les autres folles.

Béatrice recommençait de crier. Fortuné l’interrompit.

— Je désire te venir en aide, déclara-t-il, parce que j’ai pitié de toi.

Il réfléchit un petit moment. Il tenait à se débarrasser à jamais de cette relation peu reluisante ; mais il s’affligeait de lui verser de l’argent.

— Veux-tu, dit-il, que je te donne l’ancienne épicerie de ton père ? Elle est toujours fermée, et m’appartient encore.

— Oh oui ! s’écria Béatrice. Comme tu es gentil…