Et cependant il ne vint point. Il la traita même si mal, le lendemain, en présence des domestiques, que ceux-ci, rudoyés depuis deux jours par l’imaginative et ambitieuse Armande, s’en moquèrent avec tant de cruauté qu’elle quitta, furieuse, cette maison où elle avait cru régner. Ne la plaignez point, car elle se fit, onze mois plus tard, épouser par un ambassadeur.
Dès le premier matin qui suivit son arrivée, Lorillard se rendit au Palais de l’Alimentation. Les clients y affluaient, comme toujours. Réconforté par ce spectacle, Fortuné monta un étage, pénétra dans le bureau du directeur.
Bazenet, assis dans un fauteuil, devant la table, fumait sa pipe et lisait les journaux. Un rayon de soleil caressait son visage, avivait les rougeurs de son nez énorme.
— Hé ! bonjour, Monsieur Lorillard, dit Bazenet avec bonne humeur. Vous voici revenu ? Vous êtes-vous bien amusé, à Deauville ?
— Très bien, répondit le « patron », s’asseyant, oui, très bien, sauf que j’ai beaucoup joué, et beaucoup perdu.
— Comme c’est curieux, murmura Bazenet, comme c’est curieux… Figurez-vous que je suis dans le même cas. On n’a pas toujours la chance pour soi. Il faut en prendre son parti… A propos, avez-vous vu votre beau-frère ?
— Non, pas encore.
Bazenet soupira, puis reprit :
— Il court de mauvais bruits sur son compte. La Banque de l’Épargne Démocratique est dans une situation excessivement difficile. Je crois qu’elle va faire la culbute…
— Hein ? cria Lorillard. Vous avez retiré mes fonds, j’espère ? — Vous aviez tout pouvoir.