Ils dormirent donc ensemble. Au matin Fortuné, prêt à partir, dit à Flora :

— Au revoir. Tu es bien gentille. Je reviendrai le 12 avril.

Flora était encore au lit. Ces paroles l’étonnèrent tellement qu’elle se leva, courut à Lorillard, le saisit par l’épaule.

— Dis donc ? demanda-t-elle, c’est tout ce que tu me donnes ? Qu’est-ce que tu chantes, avec ton 12 avril ?

— Il ne me reste, répondit Lorillard, que trente-sept sous exactement. Je ne peux t’en donner aucun. Mais il me semble que je t’ai autrefois assez bien traitée pour que tu me reçoives maintenant en ami.

— En ami ! en ami ! Non, mais tu rêves ? l’amitié ! penses-tu que c’est avec cela que je vais payer mon terme ? D’abord, ce n’est pas vrai, tu as encore beaucoup d’argent…

— Rien, rien, dit Lorillard, je n’ai plus rien, que trente-sept sous.

Alors la grosse Flora, croisant ses bras sur ces seins tremblotants, prononça ces phrases indignées :

— C’est-il des choses convenables, que de faire travailler le monde pour rien ? — avec tous les frais que j’ai ! On me l’a pourtant assez dit, que tu es un escroc. Mais il faut que tu sois le dernier des derniers, pour agir ainsi avec une femme ! C’est comme si tu m’avais volé cinquante francs dans mon porte-monnaie…

Lorillard se hâta de quitter la pièce, dont Flora referma furieusement la porte. Comme il fuyait, Juliette, la bonne, se présenta devant lui, souriante et dans l’attitude d’une personne qui attend son dû avec confiance et résolution. L’une de ses mains, déjà, se tendait pour recevoir la récompense rituelle. Lorillard fut plus intimidé par la soubrette silencieuse qu’il ne l’avait été par la maîtresse déchaînée. Il mit la main à la poche, et il donna ses trente-sept sous.