Ce pseaume a beaucoup de rapport avec l'estat de mes affaires et à l'issüe que j'en espère par la miséricorde de Dieu[614].

Venez, accourez tous, peuples de lunivers,
Confessés un seul Dieu, venés luy rendre hommage,
Annoncés et loués en langages divers
La bonté de celuy dont vous estes limage.

Vous peuple bien aimé dont il a faict le choix
Par un sensible effect de sa miséricorde
Expliqués ses bontés distes à haulte voix
Et les maux qu'il empesche et les biens qu'il accorde.
Vous qu'il a séparés du reste des mortels
Destinés isy bas à l'office des anges
Prestres qu'il a chargés du soing de ses autels
Chantés de sa bonté les divines louanges.
Et vous qui languisses de célestes ardeurs
Elevés vers le ciel vos amoureuses plaintes
Justes qui le craignés respectés ses grandeurs
Publiés ses bontés et modérés vos craintes.
Triste accablé dennuicts et pressé de douleurs
Jinvoque mon seigneur; jy mets mon espérance
Touché de ma misère, et sensible à mes pleurs
Il mescoulte, il mexauce, il me donne assistance.
Il se rend à ma voix, je le trouve en tout lieu
Je lappelle, il me tend une main secourable
Quaije à craindre appuyé des forces de mon Dieu
Mortel qui que tu sois tu n'es plus redoutable[615].
Il vient à mon secours contre mes ennemis
Contre eux en ma faveur sa puissance est armée
Je les mespriseray, je les verray soumis
Leurs injustes efforts s'en iront en fumée.
Quil est seur, qu'il est bon d'avoir aveuglement
Sa confiance en Dieu plutost que sur les hommes
Qui trompeurs ou trompés toujours égallement
Nous font connoistre enfin trop tard ce que nous sommes[616].
Heureux qui sçait placer son espérance en luy
Heureux celuy qui suit la loy de ses promesses
Princes vostre parole est un fragile appuy
Vos honneurs peu certains et vaines vos caresses[617].
Tout le monde s'estoit à ma perte engagé
Mes ennemis trop fiers avoyent cru me surprendre
Mais au nom de mon Dieu je suis assés vangé
Jay veü leurs trahisons et jay sceu m'en deffendre[618].
Dans un triste séjour honteusement logé
Ils m'ont de touttes parts entouré de milice
Mais au nom de mon Dieu je suis assés vangé
Leur conduitte paroist on cognoist leur malice.
Bruyants comme un essain autour de moy rangé
Ils pétillent d'ardeur ainsi qu'un feu despines
Mais au nom de mon Dieu je suis assés vangé
Jay détruyct leurs picquants, jay dissipé leurs mines[619].
Poussé par eux, Seigneur, et prest à succomber
Vous mavés soustenu contre leur violence
Vous mavés affermy, je ne puis plus tomber
Et vous me maintiendrés contre leur insolence.
Mon Seigneur est ma force, il est tout mon honneur
Il soppose à leurs coups, je ne suis plus leur proye
Il sest faict mon salut, il sest fait mon bonheur
Jen fais tout mon plaisir, jen fais toutte ma joye.
Cest luy qui de la cheute a sceü me garantir
Cest luy qui de mon cœur a banny la tristesse
Justes qui le serves, faittes en retentir
Dans vos sacrés concerts mille chants d'allégresse.
La dextre du Seigneur a fait voir sa vertu
La dextre du seigneur a lancé son tonnerre
La dextre du Seigneur tient l'orgueil abbatu
La dextre du Seigneur me releve de terre.
Non je ne mourray pas mon Dieu ma préservé
Et de trop de périls et par trop de merveilles
Non je ne mourray pas mon Dieu ma réservé
Pour vivre et publier ses grandeurs nompareilles[620].
Comme un maistre puissant mon Dieu ma chastié
Dune juste rigueur mon offense est suivie
Mais me voiant soumis, contrit, humilié
Comme un père à son fils il ma donné la vie.
Vous qui gardés son temple ouvrés moy promptement
Ouvrés sans différer son temple de justice
Entrés justes, entrés et sans perdre un moment
Confessons sa clémence à nos maux si propice.
Ouy je confesseray que vous m'avés sauvé
Que vous avés Seigneur exaucé ma prierre
Que j'estois criminel et qu'en vous jay trouvé
La puissance dun maistre et la bonté d'un père.
Vos ennemis Seigneur sestoient bien abusés
En mettant au rebut pour nen scavoir que faire
La pierre que vous mesme aujourdhuy vous posés
En vostre bastiment pour la pierre angulaire[621].
Cest une chose rare un chef dœuvre des cyeux
Cest un digne sujet deternelle mémoire
Un ouvrage parfaict admirable à nos yeux
Cest lœuvre de vos mains, Seigneur cest votre gloire.
Je prevoy que bientost viendra cet heureux jour
Jour longtemps attendu, jour de rejouissance
Jour qua faict le Seigneur par un excès damour
Jour illustre à jamais pour nostre délivrance.
Seigneur délivrés moy terminés ma langueur
Adorable Seigneur que tout vous soit prospere
Et bény soit qui vient au nom de mon Seigneur
Me tirer de mes fers et finir ma misere[622].
Déja je m'aperçois de ma félicité
Je vous veux faire part de ces bonnes nouvelles
Déja jay veü paroistre un rayon de clarté
Cest mon Dieu, mon Sauveur, je vous lapprends fidelles.
Establissés un jour, mais un jour solennel
Rendés grâces à Dieu, que le temple sappreste
Qu'il soit orné de fleurs, remply jusquà lautel
Et que chacun célèbre à lenvy cette feste.
Vous seul estes mon Dieu, je vous confesseray
Je diray sans cesser vostre grandeur supresme
Vous seul estes mon Dieu, je vous exalteray
Je chanteray partout vostre clémence extrême.
Ouy je confesseray que vous mavés sauvé
Que vous avés Seigneur exaucé ma prierre
Que jestois criminel et quen vous jay trouvé
La puissance d'un maistre et la bonté d'un père[623].
Venés, accourés tous peuples de lunivers
Confessés un seul Dieu, venés luy rendre hommage
Annoncés et loués en langages divers
té de celuy dont vous estes louvrage.
FIN.


PIÈCE Nº IV.

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VERS LATINS

attribués a fouquet[624].

Il y a quelques années, un des membres de l'Académie Delphinale, M. Auzias, étant allé visiter le monastère de la Trappe d'Aiguebelle, un frère trappiste, qui s'occupe de recherches archéologiques et historiques, lui communiqua une pièce de vers latins découverte dans un registre de la cure de Réauville, petit village très-rapproché de la terre de Grignan où Mme de Sévigné a passé, comme on sait, plusieurs années auprès de sa fille.

Ces vers, on va le voir, ne peuvent se rapporter à un autre qu'à Fouquet après sa condamnation. Il est très-probable qu'ils furent apportés dans le pays par l'amie dévouée du prisonnier de Pignerol, et inscrits, en raison de leur mérite qui est incontestable, par le curé de Réauville, sur le registre de sa paroisse. Cette supposition est d'autant plus fondée que Mme de Sévigné connaissait parfaitement le latin. Enfin, les vers français qui précèdent et la tournure des idées de Fouquet ajoutent un nouveau poids à cette opinion. Seulement, ceux qu'on va lire leur sont de beaucoup supérieurs. «On y trouve, dit le Bulletin de l'Académie Delphinale, ses sentiments religieux, ses regrets sur la privation de son épouse, de ses enfants, de sa liberté, de sa fortune, de ses honneurs, et de la bonne grâce du grand roi; il se plaint de voir mettre en doute sa fidélité; de ce qu'on lui a enlevé tous ses moyens de défense, ses registres, ses comptes; de ce qu'il ne lui reste pas un des amis qui, chaque matin, lui formaient une si nombreuse cour de clients; il apprend que les uns, effrayés de sa chute, se sont tournés vers de plus fortunés que lui; que les autres enveniment les accusations qui l'accablent, et que, s'il en est resté de fidèles, les gardes, les fossés et les remparts de la prison les empêchent de pouvoir venir jusqu'à lui; les longs ennuis de la prison excitent son imagination et l'exposent à des maux qu'il se crée lui-même; il voit sa mère qui le baigne de larmes, ses frères exilés, ses enfants privés de leur père, et sa femme frappée de chagrins si peu mérités. Enfin, il termine par deux vers d'une admirable sensibilité et d'une heureuse expression.»

Voici ces vers: