CÉLIDAN.

Ta perte en mon bonheur me seroit trop sensible[1519];
Et je m'en haïrois, si j'avois consenti[1520]
Que mon hymen laissât Alcidon sans parti.

ALCIDON.

Eh bien, pour t'arracher ce scrupule de l'âme
(Quoique je n'eus jamais pour elle aucune flamme), 1340
J'épouserai Clarice. Ainsi, puisque mon sort
Veut qu'à mes amitiés je fasse un tel effort,
Que d'un de mes amis j'épouse la maîtresse,
C'est là que par devoir il faut que je m'adresse.
Philiste est un parjure, et moi ton obligé[1521]: 1345
Il m'a fait un affront, et tu m'en as vengé.
Balancer un tel choix avec inquiétude[1522],
Ce seroit me noircir de trop d'ingratitude.

CÉLIDAN.

Mais te priver pour moi de ce que tu chéris!

ALCIDON.

C'est faire mon devoir, te quittant ma Doris, 1350
Et me venger d'un traître, épousant sa Clarice.
Mes discours ni mon cœur n'ont aucun artifice.
Je vais, pour confirmer tout ce que je t'ai dit,
Employer vers Doris mon reste de crédit;
Si je la puis gagner, je te réponds du frère, 1355
Trop heureux à ce prix d'apaiser ma colère!

CÉLIDAN.

C'est ainsi que tu veux m'obliger doublement;
Vois ce que je pourrai pour ton contentement.