ALCIDON.

L'affaire, à mon avis, deviendrait plus aisée,
Si Clarice apprenoit une mort supposée.... 1360

CÉLIDAN.

De qui? de son amant? Va, tiens pour assuré
Qu'elle croira dans peu ce perfide expiré.

ALCIDON.

Quand elle en aura su la nouvelle funeste,
Nous aurons moins de peine à la résoudre au reste.
On a beau nous aimer, des pleurs sont tôt séchés, 1365
Et les morts soudain mis au rang des vieux péchés.


SCÈNE V.

CÉLIDAN.

Il me cède à mon gré Doris de bon courage;
Et ce nouveau dessein d'un autre mariage,
Pour être fait sur l'heure, et tout nonchalamment,
Est conduit, ce me semble, assez accortement[1523]. 1370
Qu'il en sait les moyens! qu'il a ses raisons prêtes!
Et qu'il trouve à l'instant de prétextes honnêtes
Pour ne point rapprocher[1524] de son premier amour!
Plus j'y porte la vue, et moins j'y vois de jour[1525].
M'auroit-il bien caché le fond de sa pensée? 1375
Oui, sans doute, Clarice a son âme blessée;
Il se venge en parole, et s'oblige en effet.
On ne le voit que trop, rien ne le satisfait[1526]:
Quand on lui rend Doris, il s'aigrit davantage.
Je jouerois, à ce compte, un joli personnage! 1380
Il s'en faut éclaircir. Alcidon ruse en vain,
Tandis que le succès est encore en ma main:
Si mon soupçon est vrai, je lui ferai connoître
Que je ne suis pas homme à seconder un traître[1527].
Ce n'est point avec moi qu'il faut faire le fin[1528], 1385
Et qui me veut duper en doit craindre la fin.
Il ne vouloit que moi pour lui servir d'escorte,
Et si je ne me trompe, il n'ouvrit point la porte;
Nous étions attendus, on secondoit nos coups:
La nourrice parut en même temps que nous, 1390
Et se pâma soudain avec tant de justesse,
Que cette pâmoison nous livra sa maîtresse.
Qui lui pourroit un peu tirer les vers du nez,
Que nous verrions demain des gens bien étonnés!