TIRCIS.

Ne dissimulons point: tu règles mieux ta flamme,
Et tu n'es pas si fou que d'en faire ta femme.

ÉRASTE.

Quoi! tu sembles douter de mes intentions?

TIRCIS.

Je crois malaisément que tes affections
Sur l'éclat d'un beau teint, qu'on voit si périssable[468], 45
Règlent d'une moitié le choix invariable.
Tu serois incivil de la voir chaque jour[469]
Et ne lui pas tenir quelques propos d'amour[470];
Mais d'un vain compliment ta passion bornée
Laisse aller tes desseins ailleurs pour l'hyménée. 50
Tu sais qu'on te souhaite aux plus riches maisons,
Que les meilleurs partis[471]....

ÉRASTE.

Trêve de ces raisons;
Mon amour s'en offense, et tiendroit pour supplice
De recevoir des lois d'une sale avarice[472];
Il me rend insensible aux faux attraits de l'or, 55
Et trouve en sa personne un assez grand trésor.

TIRCIS.

Si c'est là le chemin qu'en aimant tu veux suivre,
Tu ne sais guère encor ce que c'est que de vivre.
Ces visages d'éclat sont bons à cajoler;
C'est là qu'un apprentif doit s'instruire à parler[473];60
J'aime à remplir de feux ma bouche en leur présence;
La mode nous oblige à cette complaisance;
Tous ces discours de livre alors sont de saison:
Il faut feindre des maux, demander guérison[474],
Donner sur le phébus, promettre des miracles;65
Jurer qu'on brisera toute sorte d'obstacles;
Mais du vent et cela doivent être tout un.