CÉLIDÉE.
Je tiens des gens sans foi si peu dignes de vivre,
Qu'on ne verra jamais que je recule un pas
De crainte de causer un si juste trépas.1540
LYSANDRE.
Eh bien, voyez-le donc: ma lame toute prête
N'attendoit que vos yeux pour immoler ma tête.
Vous lirez dans mon sang, à vos pieds répandu,
Ce que valoit l'amant que vous aurez perdu[306];
Et sans vous reprocher un si cruel outrage,1545
Ma main de vos rigueurs achèvera l'ouvrage:
Trop heureux mille fois si je plais en mourant
A celle à qui j'ai pu déplaire en l'adorant,
Et si ma prompte mort, secondant son envie,
L'assure du pouvoir qu'elle avoit sur ma vie!1550
CÉLIDÉE.
Moi, du pouvoir sur vous! vos yeux se sont mépris;
Et quelque illusion qui trouble vos esprits
Vous fait imaginer d'être auprès d'Hippolyte.
Allez, volage, allez où l'amour vous invite:
Dans ces doux entretiens recherchez vos plaisirs[307],1555
Et ne m'empêchez plus de suivre mes desirs.
LYSANDRE.
Ce n'est pas sans raison que ma feinte passée[308]
A jeté cette erreur dedans votre pensée.
Il est vrai, devant vous forçant mes sentiments,
J'ai présenté des vœux, j'ai fait des compliments;1560
Mais c'étoient compliments qui partoient d'une souche:
Mon cœur, que vous teniez, désavouoit ma bouche.
Pleirante, qui rompit ces ennuyeux discours,
Sait bien que mon amour n'en changea point de cours:
Contre votre froideur une modeste plainte1565
Fut tout notre entretien au sortir de la feinte;
Et je le priai lors....
D'user de son pouvoir?
Ce n'étoit pas par là qu'il me falloit avoir.
Les mauvais traitements ne font qu'aigrir les âmes.