AMARANTE.
Pas tant qu'elle paroît et que vous présumez.
D'un mutuel amour leurs cœurs sont enflammés;
Mais Daphnis se contraint, de peur de vous déplaire,845
Et sa bouche est toujours à ses desirs contraire,
Hormis lorsqu'avec moi s'ouvrant confidemment[509],
Elle trouve à ses maux quelque soulagement.
Clarimond cependant, pour fondre tant de glaces,
Tâche par tous moyens d'avoir mes bonnes grâces;850
Et moi je l'entretiens toujours d'un peu d'espoir.
GÉRASTE.
A ce compte, Daphnis est fort dans le devoir:
Je n'en puis souhaiter un meilleur témoignage,
Et ce respect m'oblige à l'aimer davantage.
Je lui serai bon père, et puisque ce parti855
A sa condition se rencontre assorti,
Bien qu'elle pût encore un peu plus haut atteindre,
Je la veux enhardir à ne se plus contraindre.
AMARANTE.
Vous n'en pourrez jamais tirer la vérité:
Honteuse de l'aimer sans votre autorité,860
Elle s'en défendra de toute sa puissance;
N'en cherchez point d'aveu que dans l'obéissance.
Quand vous aurez fait choix de cet heureux amant[510],
Vos ordres produiront un prompt consentement.
Mais on ouvre la porte. Hélas! je suis perdue,865
Si j'ai tant de malheur qu'elle m'ait entendue.
(Elle rentre dans le jardin.)
GÉRASTE[511].
Lui procurant du bien, elle croit la fâcher,
Et cette vaine peur la fait ainsi cacher.
Que ces jeunes cerveaux ont de traits de folie!
Mais il faut aller voir ce qu'aura fait Célie.870
Toutefois disons-lui quelque mot en passant,
Qui la puisse guérir du mal qu'elle ressent.