SCÈNE VII.

GÉRASTE, DAPHNIS.

GÉRASTE.

Ma fille, c'est en vain que tu fais la discrète;
J'ai découvert enfin ta passion secrète:
Je ne t'en parle point sur des avis douteux.875
N'en rougis point, Daphnis, ton choix n'est pas honteux;
Moi-même je l'agrée, et veux bien que ton âme
A cet amant si cher ne cache plus sa flamme[512].
Tu pouvois en effet prétendre un peu plus haut;
Mais on ne peut assez estimer ce qu'il vaut:880
Ses belles qualités, son crédit et sa race
Auprès des gens d'honneur sont trop dignes de grâce.
Adieu: si tu le vois, tu peux lui témoigner[513]
Que sans beaucoup de peine on me pourra gagner.


SCÈNE VIII.

DAPHNIS.

D'aise et d'étonnement je demeure immobile.885
D'où lui vient cette humeur de m'être si facile?
D'où me vient ce bonheur où je n'osois penser?
Florame, il m'est permis de te récompenser;
Et sans plus déguiser ce qu'un père autorise,
Je puis me revancher du don de ta franchise[514];890
Ton mérite le rend, malgré ton peu de biens,
Indulgent à mes feux, et favorable aux tiens:
Il trouve en tes vertus des richesses plus belles[515].
Mais est-il vrai, mes sens? m'êtes-vous si fidèles[516]?
Mon heur me rend confuse, et ma confusion895
Me fait tout soupçonner de quelque illusion.
Je ne me trompe point, ton mérite et ta race
Auprès des gens d'honneur sont trop dignes de grâce.
Florame, il est tout vrai, dès lors que je te vis,
Un battement de cœur me fit de cet avis;900
Et mon père aujourd'hui souffre que dans son âme
Les mêmes sentiments....


SCÈNE IX.