Mes feux, il est donc vrai que l'on vous a trahis?320
Et ceux dont Alidor montroit son âme atteinte[709]
Ne sont plus que fumée, ou n'étoient qu'une feinte?
Que la foi des amants est un gage pipeur!
Que leurs serments sont vains, et notre espoir trompeur!
Qu'on est peu dans leur cœur pour être dans leur bouche!
Et que malaisément on sait ce qui les touche!
Mais voici l'infidèle. Ah! qu'il se contraint bien!


SCÈNE II.

ALIDOR, ANGÉLIQUE.

ALIDOR.

Puis-je avoir un moment de ton cher entretien?
Mais j'appelle un moment, de même qu'une année
Passe entre deux amants pour moins qu'une journée.330

ANGÉLIQUE.

Avec de tels discours oses-tu m'aborder[710],
Perfide, et sans rougir peux-tu me regarder?
As-tu cru que le ciel consentît à ma perte,
Jusqu'à souffrir encor ta lâcheté couverte?
Apprends, perfide, apprends que je suis hors d'erreur:335
Tes yeux ne me sont plus que des objets d'horreur;
Je ne suis plus charmée, et mon âme plus saine
N'eut jamais tant d'amour qu'elle a pour toi de haine.

ALIDOR.

Voilà me recevoir avec des compliments[711]
Qui seroient pour tout autre un peu moins que charmants.
Quel en est le sujet?