Quoi! votre amour renaît, et vous m'abandonnez[779]!
C'est bien là me punir quand vous me pardonnez.
Je sais ce que j'ai fait, et qu'après tant d'audace
Je ne mérite pas de jouir de ma grâce;770
Mais demeurez du moins, tant que vous ayez su
Que par un feint mépris votre amour fut déçu,
Que je vous fus fidèle en dépit de ma lettre;
Qu'en vos mains seulement on la devoit remettre;
Que mon dessein n'alloit qu'à voir vos mouvements,775
Et juger de vos feux par vos ressentiments.
Dites, quand je la vis entre vos mains remise,
Changeai-je de couleur? eus-je quelque surprise?
Ma parole plus ferme et mon port assuré
Ne vous montroient-ils pas un esprit préparé[780]?780
Que Clarine vous die, à la première vue,
Si jamais de mon change elle s'est aperçue.
Ce mauvais compliment flattoit mal ses appas[781]:
Il vous faisoit outrage, et ne l'obligeoit pas;
Et ses termes piquants, mal conçus pour lui plaire,785
Au lieu de son amour, cherchoient votre colère.
ANGÉLIQUE.
Cesse de m'éclaircir sur ce triste secret[782];
En te montrant fidèle, il accroît mon regret:
Je perds moins, si je crois ne perdre qu'un volage,
Et je ne puis sortir d'erreur qu'à mon dommage.790
Que me sert de savoir que tes vœux sont constants[783]?
Que te sert d'être aimé, quand il n'en est plus temps?
ALIDOR.
Aussi je ne viens pas pour regagner votre âme[784]:
Préférez-moi Doraste, et devenez sa femme.
Je vous viens, par ma mort, en donner le pouvoir:795
Moi vivant, votre foi ne le peut recevoir;
Elle m'est engagée, et quoi que l'on vous die,
Sans crime elle ne peut durer moins que ma vie.
Mais voici qui vous rend l'une et l'autre à la fois[785].
ANGÉLIQUE.
Ah! ce cruel discours me réduit aux abois.800
Ma colère a rendu ma perte inévitable[786],
Et je déteste en vain ma faute irréparable.
ALIDOR.
Si vous avez du cœur, on la peut réparer.
ANGÉLIQUE.