Ce que cherchoit par là mon âme peu rusée,
De contraires moyens me l'ont fait obtenir:
Je suis libre à présent qu'elle est désabusée,1500
Et je ne l'abusois que pour le devenir.

Impuissant ennemi de mon indifférence,
Je brave, vain Amour, ton débile pouvoir:
Ta force ne venoit que de mon espérance,
Et c'est ce qu'aujourd'hui m'ôte son désespoir.1505

Je cesse d'espérer et commence de vivre;
Je vis dorénavant, puisque je vis à moi;
Et quelques doux assauts qu'un autre objet me livre,
C'est de moi seulement que je prendrai la loi.

Beautés, ne pensez point à rallumer ma flamme[891]:1510
Vos regards ne sauroient asservir ma raison;
Et ce sera beaucoup emporté sur mon âme,
S'ils me font curieux d'apprendre votre nom.

Nous feindrons toutefois, pour nous donner carrière,
Et pour mieux déguiser nous en prendrons un peu,1515
Mais nous saurons toujours rebrousser en arrière,
Et quand il nous plaira nous retirer du jeu.

Cependant Angélique enfermant dans un cloître
Ses yeux dont nous craignions la fatale clarté,
Les murs qui garderont ces tyrans de paroître1520
Serviront de remparts à notre liberté.

Je suis hors de péril qu'après son mariage[892]
Le bonheur d'un jaloux augmente mon ennui;
Et ne serai jamais sujet à cette rage
Qui naît de voir son bien entre les mains d'autrui.1525

Ravi qu'aucun n'en ait ce que j'ai pu prétendre,
Puisqu'elle dit au monde un éternel adieu,
Comme je la donnois sans regret à Cléandre,
Je verrai sans regret qu'elle se donne à Dieu.

FIN DU CINQUIÈME ET DERNIER ACTE.