Il est des nœuds secrets, il est des sympathies
Dont par le doux rapport les âmes assorties
S'attachent l'une à l'autre, et se laissent piquer
Par ces je ne sais quoi qu'on ne peut expliquer.
N'avons-nous pas ici la rédaction définitive d'une pensée que nous trouvons d'abord dans le troisième acte de la Comédie des Tuileries (scène II, vers 102, p. 314):
Mais donnez-moi loisir de la trouver aimable:
Un regard y suffit, et rien ne fait aimer
Qu'un certain mouvement qu'on ne peut exprimer?
Cette pensée, nous la rencontrons plus d'une fois dans les pièces représentées pendant le long espace de temps qui sépare ces deux ouvrages:
Souvent je ne sais quoi qu'on ne peut exprimer
Nous surprend, nous emporte, et nous force d'aimer.
(Médée, acte II, scène V.)
Il attache ici-bas avec des sympathies
Les âmes que son ordre a là-haut assorties
(L'Illusion, acte III, scène I.)
La même idée revient encore dans la Suite du Menteur (acte IV, scène I), mais l'expression est un peu différente:
Quand les ordres du ciel nous ont faits l'un pour l'autre,
Lyse, c'est un accord bientôt fait que le nôtre.
Qui ne serait porté à croire, après avoir lu ces divers passages, que celui de la Comédie des Tuileries doit être du même auteur que les autres?
Malgré la faiblesse du canevas auquel, par esprit de suite, Corneille s'est vu contraint de se conformer, il a su semer son acte de scènes intéressantes, au moins par la forme. Celle d'Aglante et de Cléonice (scène VII, p. 333) laisse par endroits pressentir, de bien loin il est vrai, l'entrevue de Rodrigue et de Chimène.