SCÈNE VII.
CLÉONICE, AGLANTE.
CLÉONICE.
Mon Philène[914], as-tu donc un père si barbare
Qu'il veuille séparer une amitié si rare?330
AGLANTE.
Vous l'avez entendu: ce vieillard inhumain,
Pour en rompre les nœuds, vient la force à la main,
Et dès le soir me livre à cette autre maîtresse,
Résolu que ma foi dégage sa promesse.
CLÉONICE.
Ah, dure tyrannie! ah, rigoureux destin!335
Donc un si triste soir suit un si beau matin?
Le même jour propice et contraire à nos flammes
Va désunir deux corps dont il unit les âmes,
Fait nos biens et nos maux, et du matin au soir,
Voit naître nos desirs et mourir notre espoir.340
AGLANTE.
L'amour, ce doux vainqueur, ce père des délices,
Ainsi n'a pour nous deux que de cruels supplices,
Et ce tyran fait naître, aux dépens de nos pleurs,
D'un moment de plaisirs un siècle de douleurs.