CRÉON, JASON, CRÉUSE, CLÉONE, Soldats.
CRÉON.
Te voilà sans rivale, et mon pays sans guerres[1040],
Ma fille: c'est demain qu'elle sort de nos terres.
Nous n'avons désormais que craindre de sa part:515
Acaste est satisfait d'un si proche départ;
Et si tu peux calmer le courage d'Ægée,
Qui voit par notre choix son ardeur négligée,
Fais état que demain nous assure à jamais
Et dedans et dehors une profonde paix.520
CRÉUSE.
Je ne crois pas, Seigneur, que ce vieux roi d'Athènes[1041],
Voyant aux mains d'autrui le fruit de tant de peines,
Mêle tant de foiblesse à son ressentiment,
Que son premier courroux se dissipe aisément[1042].
J'espère toutefois qu'avec un peu d'adresse525
Je pourrai le résoudre à perdre une maîtresse
Dont l'âge peu sortable[1043] et l'inclination
Répondoient assez mal à son affection.
JASON.
Il doit vous témoigner par son obéissance
Combien sur son esprit vous avez de puissance;530
Et s'il s'obstine à suivre un injuste courroux[1044],
Nous saurons, ma princesse, en rabattre les coups;
Et nos préparatifs contre la Thessalie
Ont trop de quoi punir sa flamme et sa folie[1045].
CRÉON.
Nous n'en viendrons pas là: regarde seulement535
A le payer d'estime et de remercîment.
Je voudrois pour tout autre un peu de raillerie:
Un vieillard amoureux mérite qu'on en rie;
Mais le trône soutient la majesté des rois[1046]
Au-dessus du mépris, comme au-dessus des lois.540
On doit toujours respect au sceptre, à la couronne.
Remets tout, si tu veux, aux ordres que je donne;
Je saurai l'apaiser avec facilité,
Si tu ne te défends qu'avec civilité.