MÉDÉE.
On ne m'a que bannie! ô bonté souveraine!
C'est donc une faveur, et non pas une peine[1088]!
Je reçois une grâce au lieu d'un châtiment,835
Et mon exil encor doit un remercîment!
Ainsi l'avare soif du brigand assouvie,
Il s'impute à pitié de nous laisser la vie:
Quand il n'égorge point, il croit nous pardonner,
Et ce qu'il n'ôte pas, il pense le donner.840
JASON.
Tes discours, dont Créon de plus en plus s'offense,
Le forceroient enfin à quelque violence.
Éloigne-toi d'ici tandis qu'il t'est permis:
Les rois ne sont jamais de foibles ennemis.
MÉDÉE.
A travers tes conseils je vois assez ta ruse:845
Ce n'est là m'en donner qu'en faveur de Créuse.
Ton amour, déguisé d'un soin officieux,
D'un objet importun veut délivrer ses yeux.
JASON.
N'appelle point amour un change inévitable,
Où Créuse fait moins que le sort qui m'accable.850
MÉDÉE.
Peux-tu bien, sans rougir, désavouer tes feux?