Je n'en puis prendre trop pour assurer un bien[1357]
Sans qui tous autres biens à mes yeux ne sont rien:
Un bien qui vaut pour moi la terre toute entière,
Et pour qui seul enfin j'aime à voir la lumière.
Un rival par mon père attaque en vain ma foi;895
Votre amour seul a droit de triompher de moi:
Des discours de tous deux je suis persécutée;
Mais pour vous je me plais à me voir maltraitée[1358],
Et des plus grands malheurs je bénirois les coups[1359],
Si ma fidélité les enduroit pour vous.900

CLINDOR.

Vous me rendez confus, et mon âme ravie
Ne vous peut, en revanche, offrir rien que ma vie:
Mon sang est le seul bien qui me reste en ces lieux,
Trop heureux de le perdre en servant vos beaux yeux!
Mais si mon astre un jour, changeant son influence,905
Me donne un accès libre aux lieux de ma naissance,
Vous verrez que ce choix n'est pas fort inéga[1360],
Et que, tout balancé, je vaux bien mon riva[1361].
Mais, avec ces douceurs, permettez-moi de craindre[1362]
Qu'un père et ce rival ne veuillent vous contraindre.910

ISABELLE.

N'en ayez point d'alarme, et croyez qu'en ce cas[1363]
L'un aura moins d'effet que l'autre n'a d'appas.
Je ne vous dirai point où je suis résolue:
Il suffit que sur moi je me rends absolue[1364].
Ainsi tous les projets sont des projets en l'air[1365].915
Ainsi....

MATAMORE.

Je n'en puis plus: il est temps de parler.

ISABELLE.

Dieux! on nous écoutoit.

CLINDOR.