CÉLIDÉE.

Que me veut Hippolyte?

HIPPOLYTE.

Délasser mon esprit une heure en ta visite.
Que j'ai depuis un jour un importun amant,
Et que, pour mon malheur, je plais à Dorimant!500

CÉLIDÉE.

Ma sœur, que me dis-tu? Dorimant t'importune!
Quoi! j'enviois déjà ton heureuse fortune,
Et déjà dans l'esprit je sentois quelque ennui[143]
D'avoir connu Lysandre auparavant que lui.

HIPPOLYTE.

Ah! ne me raille point: Lysandre, qui t'engage,505
Est le plus accompli des hommes de son âge.

CÉLIDÉE.

Je te jure, à mes yeux l'autre l'est bien autant.
Mon cœur a de la peine à demeurer constant;
Et pour te découvrir jusqu'au fond de mon âme,
Ce n'est plus que ma foi qui conserve ma flamme:510
Lysandre me déplaît de me vouloir du bien.
Plût aux Dieux que son change autorisât le mien[144],
Ou qu'il usât vers moi de tant de négligence,
Que ma légèreté se pût nommer vengeance!
Si j'avois un prétexte à me mécontenter,515
Tu me verrois bientôt résoudre à le quitter.