HIPPOLYTE.

Simple, présumes-tu qu'il devienne volage
Tant qu'il verra l'amour régner sur ton visage[145]?
Ta flamme trop visible entretient ses ferveurs,
Et ses feux dureront autant que tes faveurs.520

CÉLIDÉE.

HIPPOLYTE.

Que sais-je? Il n'a jamais éprouvé tes rigueurs;
L'amour en même temps sut embraser vos cœurs;
Et même j'ose dire, après beaucoup de monde,525
Que sa flamme vers toi ne fut que la seconde.
Il se vit accepter avant que de s'offrir;
Il ne vit rien à craindre, il n'eut rien à souffrir[147];
Il vit sa récompense acquise avant la peine,
Et devant le combat sa victoire certaine.530
Un homme est bien cruel quand il ne donne pas
Un cœur qu'on lui demande avecque tant d'appas.
Qu'à ce prix la constance est une chose aisée,
Et qu'autrefois par là je me vis abusée!
Alcidor, que mes yeux avoient si fort épris,535
Courut au changement dès le premier mépris[148].
La force de l'amour paroît dans la souffrance.
Je le tiens fort douteux, s'il a tant d'assurance.
Qu'on en voit s'affoiblir pour un peu de longueur[149],
Et qu'on en voit céder à la moindre rigueur!540

CÉLIDÉE.

Je connois mon Lysandre, et sa flamme est trop forte
Pour tomber en soupçon qu'il m'aime de la sorte.
Toutefois un dédain éprouvera ses feux:
Ainsi, quoi qu'il en soit, j'aurai ce que je veux[150];
Il me rendra constante, ou me fera volage:545
S'il m'aime, il me retient; s'il change, il me dégage.
Suivant ce qu'il aura d'amour ou de froideur,
Je suivrai ma nouvelle ou ma première ardeur.

HIPPOLYTE.

En vain tu t'y résous: ton âme un peu contrainte
Au travers de tes yeux lui trahira ta feinte.550
L'un d'eux dédira l'autre, et toujours un souris
Lui fera voir assez combien tu le chéris.

CÉLIDÉE.