Revenons à l'œuvre intéressante de Castro[567].
Le petit vers: Aquí ofensa y allí espada, cité par Corneille comme emprunté par lui:
«Enfin tu sais l'affront, et tu tiens la vengeance[568],»
est un assez frappant exemple de la distance de l'action aux paroles qui sépare les deux poëtes. La vraie traduction de l'espagnol est dans le double geste du père, montrant d'abord sa joue visiblement meurtrie depuis le soufflet reçu, puis remettant aux mains de son fils l'épée de Mudarra. Nous ne pouvons plus savoir si pour réaliser le: Tu tiens la vengeance, Corneille conseillait à l'acteur de placer son épée dans la main de Rodrigue, comme un jeu de scène indiqué plus haut par ce vers:
«Passe, pour me venger, en de meilleures mains[569].»
Quand le vieillard épuisé par sa véhémence quitte Rodrigue, dont il ignore l'amour pour la fille du Comte, il semble moins précipiter sa retraite que le don Diègue français, qui n'attend pas un mot de réplique à sa fatale révélation: le père de Chimène[570]. Tout cela est à considérer comme matière d'étude et non dans un injuste esprit de censure.
Le monologue en stances, Percé jusques au fond du cœur[571], réclamerait un attentif parallèle avec l'espagnol. Là nous lisons aussi trois stances d'une coupe soignée, d'un mouvement et d'un refrain semblables, avec des rimes croisées d'une manière analogue et un peu plus artificielle encore, par le privilége de la poésie lyrique méridionale. Corneille eût pu citer au bas de la page:
Suspenso de afligido
estoy....
représenté par:
«Je demeure immobile, et mon âme abattue
Cède au coup qui me tue.»