CINNA.
Seigneur, que vous dirai-je après que nos offenses
Au lieu de châtiments trouvent des récompenses?1730
O vertu sans exemple! ô clémence qui rend
Votre pouvoir plus juste, et mon crime plus grand!
AUGUSTE.
Cesse d'en retarder un oubli magnanime;
Et tous deux avec moi faites grâce à Maxime:
Il nous a trahis tous; mais ce qu'il a commis1735
Vous conserve innocents, et me rend mes amis.
(A Maxime[1113].)
Reprends auprès de moi ta place accoutumée;
Rentre dans ton crédit et dans ta renommée;
Qu'Euphorbe de tous trois ait sa grâce à son tour;
Et que demain l'hymen couronne leur amour.1740
Si tu l'aimes encor, ce sera ton supplice.
MAXIME.
Je n'en murmure point, il a trop de justice;
Et je suis plus confus, Seigneur, de vos bontés
Que je ne suis jaloux du bien que vous m'ôtez.
CINNA.
Souffrez que ma vertu dans mon cœur rappelée1745
Vous consacre une foi lâchement violée,
Mais si ferme à présent, si loin de chanceler,
Que la chute du ciel ne pourroit l'ébranler.
Puisse le grand moteur des belles destinées,
Pour prolonger vos jours, retrancher nos années;1750
Et moi, par un bonheur dont chacun soit jaloux,
Perdre pour vous cent fois ce que je tiens de vous!