LIVIE.

Ce n'est pas tout, Seigneur: une céleste flamme
D'un rayon prophétique illumine mon âme.
Oyez ce que les Dieux vous font savoir par moi;1755
De votre heureux destin c'est l'immuable loi.
Après cette action vous n'avez rien à craindre:
On portera le joug désormais sans se plaindre;
Et les plus indomptés, renversant leurs projets,
Mettront toute leur gloire à mourir vos sujets;1760
Aucun lâche dessein, aucune ingrate envie
N'attaquera le cours d'une si belle vie;
Jamais plus d'assassins ni de conspirateurs[1114]:
Vous avez trouvé l'art d'être maître des cœurs.
Rome, avec une joie et sensible et profonde,1765
Se démet en vos mains de l'empire du monde;
Vos royales vertus lui vont trop[1115] enseigner
Que son bonheur consiste à vous faire régner:
D'une si longue erreur pleinement affranchie,
Elle n'a plus de vœux que pour la monarchie,1770
Vous prépare déjà des temples, des autels,
Et le ciel une place entre les immortels;
Et la postérité, dans toutes les provinces,
Donnera votre exemple aux plus généreux princes.

AUGUSTE.

J'en accepte l'augure, et j'ose l'espérer:1775
Ainsi toujours les Dieux vous daignent inspirer!
Qu'on redouble demain les heureux sacrifices
Que nous leur offrirons sous de meilleurs auspices;
Et que vos conjurés entendent publier
Qu'Auguste a tout appris, et veut tout oublier.1780

FIN DU CINQUIÈME ET DERNIER ACTE.


POLYEUCTE, MARTYR
TRAGÉDIE CHRÉTIENNE
1640

NOTICE.