DON FERNAND, DON ARIAS, DON SANCHE[353].
DON FERNAND.
Le Comte est donc si vain et si peu raisonnable!
Ose-t-il croire encor son crime pardonnable?
DON ARIAS.
Je l'ai de votre part longtemps entretenu;
J'ai fait mon pouvoir, Sire, et n'ai rien obtenu.560
DON FERNAND.
Justes cieux! ainsi donc un sujet téméraire
A si peu de respect et de soin de me plaire!
Il offense don Diègue, et méprise son roi!
Au milieu de ma cour il me donne la loi!
Qu'il soit brave guerrier, qu'il soit grand capitaine,565
Je saurai bien rabattre une humeur si hautaine[354].
Fût-il la valeur même, et le dieu des combats,
Il verra ce que c'est que de n'obéir pas.
Quoi qu'ait pu mériter une telle insolence[355],
Je l'ai voulu d'abord traiter sans violence;570
Mais puisqu'il en abuse, allez dès aujourd'hui,
Soit qu'il résiste ou non, vous assurer de lui[356].
DON SANCHE.
Peut-être un peu de temps le rendroit moins rebelle:
On l'a pris tout bouillant encor de sa querelle;
Sire, dans la chaleur d'un premier mouvement,575
Un cœur si généreux se rend malaisément.
Il voit bien qu'il a tort, mais une âme si haute[357]
N'est pas sitôt réduite à confesser sa faute.
DON FERNAND.