Nous ne mentionnerons qu'en passant le début de Dufey dans ce rôle, le 2 mai 1694, car cet acteur, en le jouant, ne faisait que remplir la formalité nécessaire pour être admis dans un emploi fort secondaire[ [835]; mais nous nous arrêterons un peu à la reprise de Nicomède par Grandval en 1754, que nous avons déjà eu l'occasion de mentionner dans notre précédente notice[ [836]. Elle produisit une impression vive et durable.

«Nous nous souvenons encore, lit-on dans les Mémoires pour Marie-Françoise Dumesnil[ [837], avec quelle noble ironie, avec quelle finesse de nuance, Grandval, qui jouait supérieurement le rôle de Nicomède, disait, en adressant la parole à Attale dans la scène II du Ier acte, le couplet qui commence par ce vers:

Seigneur, je crains pour vous qu'un Romain vous écoute.»

C'est probablement, malgré la différence des dates, de cette même reprise que Voltaire entend parler quand il dit: «Lorsqu'on rejoua, en 1756, Nicomède, oublié pendant plus de quatre-vingts ans, les comédiens du Roi ne l'annoncèrent que sous le titre de tragi-comédie[ [838]

«Il devait ajouter, dit Palissot, qu'elle reparut d'une manière si brillante que bientôt on ne lui donna plus sur les affiches que le titre de tragédie, titre que Corneille lui avait donné dans son origine.» Dans la note dont nous extrayons ce passage, Palissot prédit, quelques lignes plus haut, que cette pièce «se soutiendra avec éclat au théâtre, tant qu'il restera des acteurs qui réuniront, comme le célèbre Lekain, à une grande supériorité d'intelligence et de talent, assez de noblesse pour rendre dans toute sa dignité le beau personnage de Nicomède.»

Un autre grand comédien, Molé, joua ce rôle après Lekain, mais la nature de son talent ne lui permettait guère de le remplir avec succès. «Molé, dit Lemazurier[ [839], transportait dans le genre sérieux toutes les habitudes, toutes les manières qui lui réussissaient avec raison dans l'autre: elles y étaient complétement déplacées. Ce n'est pas en jouant Nicomède qu'il faut hésiter, bégayer ou parler avec volubilité, ce qui est un autre excès.»

Moins heureux que Lekain, lorsqu'il s'agissait de représenter les tragédies de Corneille, Molé du moins savait les apprécier avec un goût plus réel et surtout plus respectueux; et il s'étonnait à bon droit que cet acteur, si peu disposé à accepter les corrections faites par Marmontel au Venceslas de Rotrou, en proposât de si nombreuses pour le Nicomède[ [840] de Corneille.

Du reste, quelles qu'aient été la variété de leurs aptitudes et la divergence de leurs opinions, les grands comédiens qui ont abordé le rôle si difficile de Nicomède l'ont presque tous rempli, on le voit, de façon à laisser de vifs souvenirs; le rôle secondaire de Laodice a trouvé aussi des interprètes éminentes, parmi lesquelles nous rencontrons Mlle Lecouvreur, Mlle Clairon et Mme Vestris[ [841].

L'édition originale de cet ouvrage, imprimée en vertu d'un privilége qui lui est commun avec Andromède[ [842], porte les mêmes adresses. En voici le titre: Nicomede, Tragedie. A Rouen, chez Laurens Maurry.... M.DC.LI. Et se vend à Paris, chez Charles de Sercy.... L'Achevé d'imprimer est du 29 novembre. Le volume se compose de 4 feuillets et de 124 pages in-4o.

AU LECTEUR.