SCÈNE VI.

Persée le suit, et à peine a-t-il ouvert la bouche pour demander pardon au Roi de la perte d'un prince de son sang, à laquelle il a été forcé par sa violence, que ce monarque ne peut souffrir cette submission, et l'assure que cet attentat l'avoit dégradé du rang que sa naissance lui donnoit. Loin de se fâcher de son malheur, il ne témoigne que joie de sa punition, et convie ce héros avec ces princesses à venir dans ce temple achever leur bonheur par un mariage si desiré; mais sitôt qu'ils se présentent pour y entrer, les portes se ferment d'elles-mêmes; et comme ils sont étonnés de ce nouveau prodige,

SCÈNE VII.

Mercure descend au milieu de l'air, pour leur dire que ce n'est qu'une marque d'un bonheur plus grand, qu'ils vont apprendre de Jupiter même, et regagne aussitôt le ciel avec la même vitesse qu'il étoit descendu. Après quoi le chœur de la musique redouble ses vœux par cet hymne, qu'il adresse à ce Dieu, qu'ils attendent tous avec impatience:

Maître des Dieux, hâte-toi de paroître[ [476]...

SCÈNE VIII.

Jupiter demeure au milieu de l'air, d'où il apprend à ces princes et à leurs peuples que la terre n'est pas digne des noces de son fils, et que cet honneur appartient au ciel, où ils doivent servir de nouvelles constellations. Junon, pour marque de son consentement, fait prendre place au Roi et à ce héros auprès d'elle; Neptune fait le même honneur à la Reine et à sa fille, et tous ensemble remontent dans ce ciel qui les attend, cependant que le peuple, pour acclamation publique, chante ces vers, qui viennent d'être prononcés par Jupiter:

Allez, amants, allez sans jalousie[ [477]....

Voilà une simple et nue description, tant des machines que des théâtres, qui ont ravi tout le monde à la représentation d'Andromède. Toute la gloire en est due au sieur Torelli[ [478], qui s'est surpassé lui-même en l'exécution des desseins que je lui ai proposés, et je me suis souvent étonné comme il s'est pu si heureusement démêler sans confusion d'un si grand embarras. Ceux qui en voudront un récit plus étendu et plus riche, le trouveront dans l'Extraordinaire qu'en a dressé le sieur Renaudot avec beaucoup d'éloquence et de doctrine[ [479]. Aussi l'a-t-il fait pour être conservé dans ses mémoires, et porter jusqu'aux étrangers[ [480] la nouvelle de la pompe où nous savons faire monter les spectacles publics. J'ai dressé ce discours seulement en attendant l'impression de la pièce entière, pour servir à soulager la plupart de mes spectateurs, qui pour mieux satisfaire la vue par les grâces de la perspective, se placent dans les loges les plus éloignées, où beaucoup de vers échappant à leur oreille ne leur laissent pas bien comprendre la suite de mon dessein. J'y ai mêlé les paroles qui se chantent en musique, et qu'il est impossible d'entendre quand plusieurs voix ensemble les prononcent, et j'ai cru être d'autant plus obligé à donner ceci sans aucuns ornements de l'éloquence, que c'est en faire un mauvais usage, que de les employer à décrire et exagérer l'excellence de son propre travail, n'y ayant rien de si bienséant à un homme qui parle de soi-même que la modestie.