Après avoir fait l'histoire sommaire des représentations de la pièce, il nous reste à donner, suivant notre habitude, la description bibliographique du volume.

Nous avons eu occasion de rappeler en commençant les dates du privilége et de l'Achevé d'imprimer. Le titre exact est:

D. Sanche D'arragon, comedie heroique.—Imprimé à Roüen et se vend à Paris, chez Augustin Courbé au Palais.... M.DC.L.

Le volume, de format in-4o, se compose de 8 feuillets et de 116 pages. Courbé a fait paraître en outre une petite édition in-8o dans le courant de la même année. Nous n'avons pas à nous préoccuper de la dénomination de comédie héroïque, que nous rencontrons pour la première fois, car Corneille, dans sa dédicace[ [687] à M. de Zuylichem, dont nous avons déjà vu le nom en tête du Menteur[ [688], explique tout au long les motifs qui la lui ont fait choisir. La particularité la plus remarquable que nous offrent les préliminaires de Don Sanche, c'est la présence d'un Argument. Nous n'en avons trouvé dans le théâtre de Corneille, depuis Mélite, Clitandre et la Veuve, ses trois premières comédies, qu'en tête d'Andromède, qui est une pièce à machines. Ce n'est point ici d'ailleurs un retour à une ancienne habitude, car après Don Sanche nous n'en revoyons plus que pour la Conquête de la Toison d'or. Il y aurait donc lieu d'être quelque peu surpris de cette singularité, si une lettre que Corneille adresse le 28 mai 1650 à M. de Zuylichem, en même temps que son nouvel ouvrage, ne nous apprenait que ce seigneur avait réclamé le rétablissement des arguments en tête des pièces de théâtre. Cette lettre, qui sera publiée pour la première fois dans notre édition, renferme, à ce sujet, toute une curieuse dissertation de Corneille, à laquelle nous nous contentons ici de renvoyer.

A MONSIEUR DE ZUYLICHEM,
CONSEILLER ET SECRÉTAIRE DE MONSEIGNEUR LE PRINCE D'ORANGE[ [689].

Monsieur,

Voici un poëme d'une espèce nouvelle, et qui n'a point d'exemple chez les anciens. Vous connoissez l'humeur de nos François; ils aiment la nouveauté; et je hasarde non tam meliora quam nova, sur l'espérance de les mieux divertir. C'étoit l'humeur[ [690] des Grecs dès le temps d'Eschyle, apud quos

Illecebris erat et grata novitate morandus
Spectator
[ [691];

et si je ne me trompe, c'étoit aussi celle des Romains.