ŒDIPE
TRAGÉDIE
1659
NOTICE.
Ce fut en 1653, dans l'année qui suivit la chute de Pertharite, que Pellisson publia sa Relation contenant l'histoire de l'Académie françoise, où il racontait les difficultés que Corneille avait éprouvées pour être admis dans cette compagnie. Il paraît que ce récit déplut à notre poëte, car le 21 octobre Guy Patin écrivait à Falconet: «M. Pellisson, tout habile homme qu'il est, s'est fait bien des ennemis par son Histoire de l'Académie. M. Corneille, illustre faiseur de comédies, écrit contre lui[ [142].» Il est probable que Corneille ne donna aucune suite à ce projet d'écrire contre Pellisson, et que celui-ci l'apaisa en lui promettant de supprimer le passage qui l'avait choqué. En effet, à partir de la seconde édition, ce morceau disparaît jusqu'au moment où il est rétabli par d'Olivet. La déférence de Pellisson gagna si bien le cœur de Corneille qu'lls devinrent amis intime. Il était dès lors tout naturel que Pellisson, qui était en grand crédit auprès de Foucquet, lui présentât Corneille. M. Chéruel a pensé que ce fut vers 1657 que notre poëte fréquenta la maison du surintendant[ [143], et cette conjecture se trouve confirmée par une épître de Scarron écrite peu après la prise d'Hesdin, c'est-à-dire en cette année même, et où il exprime la crainte de se voir supplanté auprès du «moderne Mécène» par «le Boisrobert» et «les Corneilles[ [144].»
On sait comment les poëtes réglaient leurs comptes avec Foucquet. C'est en vers que la Fontaine donnait quittance de chacun des trimestres de sa pension; ce fut en vers également que Corneille remercia le surintendant des premiers bienfaits qu'il en reçut. Dans la pièce qu'il fit à cette occasion, et qui est imprimée en tête d'Œdipe, il sollicite ainsi de Foucquet l'ordre de travailler de nouveau pour la scène[ [145]:
Choisis-moi seulement quelque nom dans l'histoire
Pour qui tu veuilles place au temple de la Gloire,
Quelque nom favori qu'il te plaise arracher
A la nuit de la tombe, aux cendres du bûcher.