Corneille, parlant dans son avis Au lecteur de ces vers présentés à Foucquet, ajoute: «Il me fit cette nouvelle grâce d'accepter les offres qu'ils lui faisoient de ma part, et de me proposer trois sujets pour le théâtre, dont il me laissa le choix.»

Le premier de ces sujets était Œdipe, le second Camma, que traita Thomas Corneille et qu'il fit représenter en 1661; on ignore quel était le troisième[ [146].

Corneille nous apprend que son Œdipe fut «un ouvrage de deux mois[ [147],» ce qui fait dire à Voltaire: «Il semble que Foucquet ait commandé à Corneille une tragédie pour lui être rendue dans deux mois, comme on commande un habit à un tailleur, ou une table à un menuisier[ [148].» Il est probable au contraire que les ordres de Foucquet n'avaient rien de fort pressant, et que si Corneille s'est tellement hâté, c'est parce qu'il a voulu reparaître au théâtre dans les circonstances les plus favorables. Ce qui le préoccupait le plus, c'était de terminer son Œdipe «assez tôt pour le faire représenter dans le carnaval[ [149].» C'était alors le moment de l'année où le théâtre, même tragique, était fréquenté le plus assidûment. Corneille avait eu d'abord l'intention d'abréger son travail par une heureuse imitation de l'Œdipe roi de Sophocle, et de la pièce que Sénèque a faite sur le même sujet; par malheur, changeant d'avis, il crut devoir mêler une intrigue amoureuse à cette terrible catastrophe, et il ne fut que trop fondé à dire: «Comme j'ai pris une autre route que la leur, il ne m'a pas été possible de me rencontrer avec eux[ [150]

Œdipe fut joué le vendredi 24 janvier 1659, et voici le compte rendu que Loret en donnait le lendemain dans sa Muse historique:

Monsieur de Corneille l'aîné

Depuis peu de temps a donné

A ceux de l'hôtel de Bourgogne

Son dernier ouvrage ou besogne:

Ouvrage grand et signalé,

Qui l'Œdipe est intitulé;