«Le 24, Leurs Majestés retournèrent en cette ville, où elles ont continué plusieurs soirs le divertissement du grand ballet dansé au palais des Tuileries dans la salle des machines, auquel il ne se peut rien ajouter pour la magnificence des décorations, le nombre des changements, la beauté du sujet, l'excellence des concerts, et pour toutes les autres choses qui rendent ce spectacle digne de la plus belle cour du monde[ [302].»
Le programme de Psyché, dont nous avons extrait la description de la sale des Tuileries, renferme une explication détaillée des décorations et des machines, une analyse sommaire de la pièce, et des listes contenant non-seulement les noms des acteurs de la troupe de Molière qui représentèrent les divers personnages, mais encore ceux des chanteurs et des danseurs qui figuraient dans chaque intermède. Ces détails, qui ne se rattachent en rien à la part que Corneille prit à l'ouvrage, auraient ici peu d'intérêt; ils trouveront plus naturellement leur place dans la nouvelle édition des Œuvres de Molière que prépare M. Soulié. Nous nous sommes contentés de joindre en tête de la pièce, au nom de chaque personnage, celui de l'acteur. Psyché, qui avait inauguré la salle des Tuileries, ne fut jouée dans celle de Molière que lorsqu'elle eut été réparée et agrandie, et d'importantes améliorations datent de l'époque où elle y fut représentée.
«Il a été résolu, dit Lagrange dans son Registre,... d'avoir dorénavant, à toutes sortes de représentations, tant simples que de machines, un concert de douze violons, ce qui n'a été exécuté qu'après la représentation de Psyché. Sur ladite délibération de la troupe, on a commencé à travailler auxdits ouvrages de réparation et de décoration de la salle le 18e mars, qui étoit un mercredi, et on a fini un mercredi 15e avril de la présente année. Ledit jour, mercredi 15e avril, après une délibération de la compagnie de représenter Psyché, qui avoit été faite pour le Roi l'hiver dernier et représentée sur le grand théâtre du palais des Tuileries, on commença à faire travailler tant aux machines, décorations, musique, ballets, et généralement tous les ornements nécessaires pour ce grand spectacle. Jusques ici les musiciens et musiciennes n'avoient point voulu paroître en public; ils chantoient à la comédie dans des loges grillées et treillissées; mais on surmonta cet obstacle, et avec quelque légère dépense, on trouva des personnes qui chantèrent sur le théâtre à visage découvert, habillées comme les comédiens.... Tous lesdits frais et dépenses pour la préparation de Psyché se sont montés à la somme de quatre mille trois cent cinquante-neuf livres quinze sols. Dans le cours de la pièce, M. de Beauchamps a reçu de récompense, pour avoir fait les ballets et conduit la musique, onze cents livres, non compris les onze livres par jour que la troupe lui a données tant pour battre la mesure à la musique que pour entretenir les ballets.»
Après tous ces préparatifs et de nombreuses répétitions, Psyché fut enfin représentée le 24 juillet[ [303], et procura trente-huit belles recettes à la troupe de Molière.
Nous n'avons pas les noms des acteurs qui jouèrent alors, mais il est certain que la distribution des rôles différa très-peu, du moins quant aux principaux personnages, de celle qui avait eu lieu pour la représentation des Tuileries. La femme de Molière, Armande Béjart, jouait Psyché, Baron l'Amour, et l'on prétend que leur intimité date de cette époque[ [304].
Un an s'était à peine écoulé depuis ces représentations de Psyché au palais Royal, qu'on songeait déjà à reprendre cette pièce. Nous lisons dans les «nouvelles du 30e de juillet jusques au 6e d'août» du Mercure galant[ [305]: «On verra au commencement de l'hiver le grand spectacle de Psyché triompher encore sur le théâtre du Palais-Royal.» En effet, le registre de Lagrange en mentionne la reprise au 11 novembre 1672, et compte trente-deux représentations, dont la dernière eut lieu le dimanche 22 janvier 1673. Sous la date du 27 décembre 1672, on lit: «Monsieur et Madame sont venus aujourd'hui à Psyché et ont eu deux bancs de l'amphithéâtre, et pour cette fois et deux autres ils ont donné quatre cent quarante livres.»
«La tragi-comédie de Psyché, disent les frères Parfait[ [306], a été reprise plusieurs fois, mais la plus brillante de ces reprises est celle du 1er juin 1703.» Parvenus à cette année, ils nous rendent ainsi compte de cette reprise[ [307]: «Le 1er juin[ [308], les comédiens remirent au théâtre la tragédie-ballet de Psyché, de M. Molière, qui eut vingt-neuf représentations, la dernière le 1er août suivant. Ce qui contribua beaucoup au succès de cette remise, c'est qu'indépendamment des dépenses que la compagnie avoit faites pour donner cette tragédie avec éclat, en y joignant de brillantes décorations, des machines dont l'exécution étoit parfaite, et des ballets de goût et bien rendus, l'actrice qui représentoit le personnage de Psyché[ [309] et l'acteur qui jouoit celui de l'Amour[ [310], quoique excellents tous deux, se surpassèrent encore dans ces deux rôles; on dit qu'ils ressentoient l'un pour l'autre la plus vive tendresse, et que leurs talents supérieurs ne furent employés que pour marquer avec plus de précision les sentiments de leurs cœurs[ [311].»
Il est certes fort surprenant que le père et le fils aient ainsi produit successivement dans ce rôle une illusion à laquelle les actrices mêmes qui jouaient avec eux ne pouvaient se soustraire, et il est permis de soupçonner ces récits d'un peu d'exagération. Il faut convenir toutefois que les temps sont bien changés, car lorsqu'on voulut de nos jours reprendre Psyché au Théâtre français, on ne songea pas même à chercher un comédien assez heureusement doué pour remplir le personnage difficile de l'Amour, dont le rôle fut confié à une femme[ [312].
L'édition originale, de format in-12, a pour titre exact: Psiché, tragedie-ballet, par I. B. P. Moliere. Et se vend pour l'autheur, à Paris, chez P. le Monnier, au Palais.... M.DC.LXXI.
Le volume se compose de 2 feuillets, de 90 pages et d'un feuillet. Le privilége est du 31 décembre 1670, et par conséquent antérieur d'une quinzaine de jours à la représentation.