J'avois voüé ce deuxiesme livre des Femmes à mondit seigneur d'Alençon durant qu'il vivoit, d'autant qu'il me faisoit cet honneur de m'aimer et causer fort privement avec moy, et estoit curieux de savoir de bons contes. Ores, bien que son genereux et valheureux et noble corps gise sous sa lame honorable, je n'en ay voulu pourtant revoquer le vœu; ainsi je le redonne à ses illustres cendres et divin esprit, de la valeur duquel, et de ses hauts faits et mérites je parle à son tour, comme des autres grands princes et grands capitaines; car certes il l'a esté s'il en fut onc, encor qu'il soit mort fort jeune.
AVIS DE L'AUTEUR.
Ce volume des Dames Galantes est dédié à M. le duc d'Alençon, de Brabant, et comte de Flandres, qui contient plusieurs beaux discours.
Le premier traite de l'amour de plusieurs femmes mariées, et qu'elles n'en sont si blasmables comme l'on diroit pour le faire; le tout sans rien nommer, et à mots couverts.
Le deuxiesme, sçavoir qui est la plus belle chose en amour, la plus plaisante, et qui contente le plus, ou la veüe, ou la parole, ou l'attouchement.
Le troisiesme traite de la beauté d'une belle jambe, et comment elle est fort propre et a grand vertu pour attirer à l'amour.
Le quatriesme, quel amour est plus grand, plus ardent et plus aisé, ou celuy de la fille, ou de la femme mariée, ou de la veufve, et quelle des trois se laisse plus aisément vaincre et abattre.
Le cinquiesme parle de l'amour d'aucunes femmes vieilles et comment aucunes y sont autant ou plus sujettes et chaudes que les jeunes, comme se peut parestre par plusieurs exemples, sans rien nommer ny escandalyser.
Le sixiesme traite qu'il n'est bien seant de parler mal des honnestes dames, bien qu'elles fassent l'amour, et qu'il en est arrivé, de grands inconvénients pour en médire.
Le septiesme est un recueil d'aucunes ruses et astuces d'amour, qu'ont inventé et osé aucunes femmes mariées, veufves et filles à l'endroit de leurs maris, amants et autres, ensemble d'aucunes de guerre de plusieurs capitaines à l'endroit de leurs ennemis; le tout en comparaison: à sçavoir lesquelles ont esté les plus rusées, cautes, artificielles, sublimes et mieux inventées et pratiquées, tant des uns que des autres Aussi Mars et l'Amour font leur guerre presque de mesme sorte, et l'un a son camp et ses armes comme l'autre.