—J'ay ouy conter à feu M. de Clermont-Tallard le jeune, qui mourut à La Rochelle, qu'estant petit garçon, et ayant l'honneur d'accompagner M. d'Anjou, depuis nostre roy Henry troisiesme, en son estude, et estudier avec lui ordinairement, duquel M. de Gournay estoit précepteur, un jour, estant à Thoulouse, estudiant avec son dit maistre dans son cabinet, et estant assis dans un coin à part, il vid, par une petite fente (d'autant que les cabinets et chambres estoient de bois, et avoient esté faits à l'improviste et à la haste, par la curiosité de M. le cardinal d'Armaignac, archevesque de là, pour mieux recevoir et accommoder le Roy et toute sa cour), dans un autre cabinet, deux fort grandes dames, toutes retroussées et leurs caleçons bas, se coucher l'une sur l'autre, s'entrebaiser en forme de colombe, se frotter, s'entrefriquer, bref, se remuer fort, paillarder, et imiter les hommes; et dura leur esbattement près d'une bonne heure, s'estant si très-fort eschauffées et lassées, qu'elles en demeurèrent si rouges et si en eau, bien qu'il fist grand froid, qu'elles n'en peurent plus et furent contraintes de se reposer autant; et disoit qu'il veid joüer ce jeu quelques autres jours, tant que la Cour fut là, de mesme façon; et oncques plus n'eut-il la commodité de voir cet esbattement, d'autant que ce lieu le favorisoit en cela, et aux autres il ne put. Il m'en contoit encore plus que je n'en ose escrire, et me nommoit les dames. Je ne sçay s'il est vray; mais il me l'a juré et affirmé cent fois par bons serments; et, de fait, cela est bien vray-semblable; car telles deux dames ont bien eu tousjours cette réputation de faire et continuer l'amour de cette façon et de passer ainsi leur temps.
J'en ay cogneu plusieurs autres qui ont traité de mesmes amours, entre lesquelles j'en ay ouy conter d'une de par le monde, qui a esté fort superlative en cela, et qui aimoit aucunes dames, les honoroit et les servoit plus que les hommes, et leur faisoit l'amour comme un homme à sa maistresse; et si les prenoit avec elle, les entretenoit à pot et à feu, et leur donnoit ce qu'elles vouloient. Son mary en estoit très-aise et fort content; ainsi que beaucoup d'autres martyrs que j'ay eus, qui estoient fort aises que leurs femmes menassent ces amours plutost que celles des hommes (n'en pensant leurs femmes si folles ny putains). Mais je croy qu'ils sont bien trompez, car ce petit exercice, à ce que j'ay ouy dire, n'est qu'un apprentissage pour venir à celuy grand des hommes; car après qu'elles se son eschauffées et mises bien en rut les unes les autres, leur chaleur ne se diminuant pour cela, faut qu'elles se baignent par une eau vive et courante, qui raffraischist bien mieux qu'une eau dormante, ainsi que je tiens de bons chirurgiens, et veu que, qui veut bien panser et guérir une playe, il ne faut qu'il s'amuse à la médicamenter et nettoyer alentour ou sur le bord, mais il la faut sonder jusques au fond, et y mettre une sonde et une tente bien avant.
Que j'en ay veu de ces Lesbiennes, qui, pour toutes leurs fricarelles et entre-frottements, n'en laissent d'aller aux hommes! mesme Sapho, qui en a esté la maistresse, ne se mit-elle pas à aymer son grand amy Phaon, après lequel elle mouroit? Car, enfin, comme j'ay ouy raconter à plusieurs dames, il n'y a que les hommes; et que de tout ce qu'elles prennent avec les autres femmes, ce ne sont que des tiroüers pour s'aller paistre de gorges-chaudes avec les hommes: et ces fricarelles ne leur servent qu'à faute des hommes; que si elles les trouvent à propos et sans escandale, elles lairroient bien leurs compagnes pour aller à eux et leur sauter au collet.
J'ay cogneu de mon temps deux belles et honnestes damoiselles de bonnes maisons, toutes deux cousines, lesquelles ayant couché ensemble dans un mesme lit l'espace de trois ans, s'accoustumèrent si fort à cette fricarelle, qu'après s'estre imaginées que le plaisir estoit assez maigre et imparfait au prix de celuy des hommes, se mirent à le taster avec eux, et en devinrent très bonnes putains, et confessèrent après à leurs amoureux que rien ne les avoit tant desbauchées et esbranlées à cela que cette fricarelle, la détestant pour en avoir esté la seule cause de leur desbauche: et, nonobstant, quand elles se rencontroyent, ou avec d'autres, elles prenoient tousjours quelque repas de cette fricarelle, pour y prendre tousjours plus grand appetit de l'autre avec les hommes. Et c'est ce que dit une fois une honneste damoiselle que j'ay cogneue, à laquelle son serviteur demandoit un jour si elle ne faisoit point cette fricarelle avec sa compagne, avec qui elle couchoit ordinairement. «Ah! non, dit-elle en riant, j'ayme trop les hommes;» mais pourtant elle faisoit l'un et l'autre.
Je sçay un honneste gentilhomme, lequel, désirant un jour à la Cour pourchasser en mariage une fort honneste damoiselle, en demanda l'advis à une sienne parente. Elle luy dit franchement qu'il y perdroit son temps; «d'autant, me dit-elle, qu'une telle dame, qu'elle me nomma, et de qui j'en savois des nouvelles, ne permettra jamais qu'elle se marie.» J'en cogneus soudain l'encloüeure, parce que je sçavois bien qu'elle tenoit cette damoiselle en ses délices à pot et à feu, et la gardoit précieusement pour sa bouche. Le gentilhomme en remercia sa dite cousine de ce bon advis, non sans lui faire la guerre en riant, qu'elle parloit ainsi en cela pour elle comme pour l'autre; car elle en tiroit quelques petits coups en robbe quelquesfois: ce qu'elle me nia pourtant. Ce trait me fait ressouvenir d'aucuns qui ont ainsi des putains à eux qu'ils ayment tant, qu'ils n'en feroient part pour tous les biens du monde, fust à un prince, à un grand, fust à leur compagnon, ni à leur amy, tant ils en sont jaloux, comme un ladre de son barillet; encore le présente-t-il à boire à qui en veut. Mais cette dame vouloit garder cette damoiselle toute pour soy, sans en départir à d'autres: pourtant si la faisoit-elle cocue à la dérobade avec aucunes de ses compagnes.
On dit que les belettes sont touchées de cet amour, et se plaisent de femelle à femelle à s'entreconjoindre et habiter ensemble; si que par lettres hiéroglyfiques les femmes s'entr'aimantes de cet amour estoient jadis représentées par des belettes. J'ay ouy parler d'une dame qui en nourrissoit tousjours, et qui se mesloit de cet amour, et prenoit plaisir de voir ainsi ses petites bestioles s'entre-habiter.
Voici un autre poinct, c'est que ces amours féminines se traittent en deux façons, les unes par friquarelle, et par, comme dit ce poëte, geminos committere connos.
Cette façon n'apporte point de dommages, ce disent aucuns, comme quand on s'aide d'instruments façonnés de....., mais qu'on a voulu appeler des g........[52].
J'ay ouy conter qu'un grand prince, se doutant de deux dames de sa cour qui s'en aydoient, leur fit faire le guet si bien qu'il les surprit, tellement que l'une se trouva saisie et accommodée d'un gros entre les jambes, gentiment attaché avec de petites bandelettes à l'entour du corps, qu'il sembloit un membre naturel. Elle en fut si surprise qu'elle n'eut loisir de l'oster; tellement que ce prince la contraignit de luy monstrer comment elles deux se le faisoient. On dit que plusieurs femmes en sont mortes, pour engendrer en leurs matrices des apostumes faites par mouvements et frottements point naturels. J'en sçay bien quelques-unes de ce nombre, dont ç'a esté grand dommage, car c'estoient de très-belles et honnestes dames et damoiselles, qu'il eust bien mieux vallu qu'elles eussent eu compagnie de quelques honnestes gentilshommes, qui pour cela ne les font mourir, mais vivre et ressusciter ainsi que j'espere le dire ailleurs; et mesmes, que, pour la guérison de tel mal, comme j'ay ouy conter à aucuns chirurgiens, qu'il n'y a rien plus propre que de les faire bien nettoyer là-dedans par ces membres naturels des hommes, qui sont meilleurs que des pesseres qu'usent les médecins et chirurgiens avec des eaux à ce composées; et toutesfois il y a plusieurs femmes, nonobstant les inconvénients qu'elles en voyent arriver souvent, si faut-il qu'elles en ayent de ces engins contrefaits.
—J'ay ouy faire un conte, moy estant lors à la cour, que la Reyne-mere ayant fait commandement de visiter un jour les chambres et coffres de tous ceux qui estoient logés dans le Louvre, sans épargner dames et filles, pour voir s'il n'y avoit point d'armes cachées et mesmes des pistolets, durant nos troubles, il y en eut une qui fut trouvée saisie dans son coffre par le capitaine des gardes, non point de pistolets, mais de quatre gros g........ gentiment façonnez, qui donnèrent bien de la risée au monde, et à elle bien de l'estonnement. Je cognois la damoiselle: je croy qu'elle vit encores: mais elle n'eut jamais bon visage. Tels instruments enfin sont très dangereux. Je feray encore ce conte de deux dames de la cour qui s'entr'aimoient si fort, et estoient si chaudes à leur mestier, qu'en quelque endroit qu'elles fussent ne s'en pouvoient garder ny abstenir que pour le moins ne fissent quelques signes d'amourettes ou de baiser, qui les escandalisoient si fort, et donnoient à penser beaucoup aux hommes. Il y en avoit une veufve, et l'autre mariée; et comme la mariée, un jour d'une grand magnificence, se fust fort bien parée et habillée d'une robe de toile d'argent, ainsi que leur maistresse estoit allée à vespres, elles entrèrent dans son cabinet, et sur sa chaise percée se mirent à faire leur fricarelle si rudement et si impétueusement, qu'elle en rompit sous elles, et la dame mariée qui faisoit le dessous tomba avec sa belle robe de toille d'argent à la renverse tout à plat sur l'ordure du bassin, si bien qu'elle se gasta et souilla si fort, qu'elle ne sçeut que faire que s'essuyer le mieux qu'elle peut, se trousser, et s'en aller à grande haste changer de robbe dans sa chambre, non sans pourtant avoir esté apperceue et bien sentie à la trace, tant elle puoit: dont il en fut ryt assez par aucuns qui en sceurent le conte; mesme leur maistresse le sceut, qui s'en aidoit comme elles, et en rist son saoul. Aussi il falloit bien que cette ardeur les maistrisast fort, que de n'attendre un lieu et un temps à propos, sans s'escandaliser. Encore excuse-t-on les filles et femmes veufves pour aimer ces plaisirs frivoles et vains, aimans bien mieux s'y adonner et en passer leurs chaleurs, que d'aller aux hommes et de se faire engroisser et se deshonorer, ou de faire perdre leur fruict, comme plusieurs ont fait et font; et ont opinion qu'elles n'en offensent pas tant Dieu, et n'en sont pas tant putains comme avec les hommes: aussi y a-t-il bien de la différence de jeter de l'eau dans un vase, ou de l'arrouser seulement alentour et au bord. Je m'en rapporte à elles. Je ne suis pas leur censeur ny leur mary, s'ils le trouvent mauvais, encore que je n'en ay point veu qui ne fussent très-aises que leurs femmes s'amourachassent de leurs compagnes, et qu'ils voudroient qu'elles ne fussent jamais plus adultères qu'en cette façon; comme de vray telle cohabitation est bien différente de celle d'avec les hommes, et, quoy que die Martial, ils n'on sont pas cocus pour cela. Ce n'est pas texte d'Évangile, que celuy d'un poëte fol. Donc, comme dit Lucian, il est bien plus beau qu'une femme soit virile ou vraye amazone, ou soit ainsi lubrique, que non pas un homme soit féminin, comme un Sardanapale et Héliogabale, ou autres force leurs pareils; car d'autant plus qu'elle tient de l'homme, d'autant plus elle est courageuse: et de tout cecy je m'en rapporte à la décision du procès.