Les dessous de la femme exercent—c'est un fait indéniable—une influence considérable sur l'homme. Ils le tiennent en haleine, le rendent gai alors qu'il va être morose, lui donnent de l'appétit alors qu'il déclare n'avoir aucune faim.

Les courtisanes ont compris, les premières, toute la puissance que peuvent renfermer quelques dentelles et quelques morceaux de fine batiste ou de soie bien placés. La femme du monde, réfractaire tout d'abord à l'emploi de ces artifices, a été longue à les adopter. Il faut dire qu'elle en sait, maintenant, toute l'importance.

On ne saurait, vraiment, établir de règle quant aux dessous de la femme.—Ils doivent s'harmoniser avec son genre de beauté ou d'élégance, et c'est affaire à chacune d'entre nous de décider sur ce qui lui va le mieux.

Le bas—l'antique bas—a subi, en ces derniers temps, de rudes attaques. Quelques mondaines, en effet, ont tenté de le remplacer par la chaussette. Mais cette innovation n'a été acceptée qu'imparfaitement. La chaussette est terrible à porter, soit qu'elle laisse la jambe nue, soit qu'elle s'applique sur un maillot couleur chair. La jambe nue exige l'absence du pantalon, le maillot est fort incommode. Le bas a bénéficié de ces deux observations, et la plupart d'entre nous l'ont conservé. Il est une loi absolue, par exemple, qui s'impose à toute femme, qu'il s'agisse du bas ou de la chaussette: sa couleur doit être noire et il y aurait disqualification d'élégance, pour une mondaine, à couvrir sa jambe de quelqu'autre nuance.

A propos de bas, on a voulu supprimer la jarretière et le rattacher soit au pantalon, soit au corset, afin d'éviter la marque rosée qu'imprime la jarretière au-dessus du genoux. Je n'ai point admis cette mode. Je suis, en cette question, une retardataire et rien, à mon sens, ne rivalisera avec la jarretière, non seulement pour la commodité qu'en dépit de légers inconvénients elle présente, mais surtout pour le charme qu'elle crée. La jarretière est un des plus jolis atours de la femme et je ne sache pas d'objet aussi gracieux qu'une jambe bien faite coupée par ce mignon bibelot; je ne saurais lui comparer qu'un bras orné d'un précieux bracelet. Et puis, tant d'histoires d'amour sont nées de la jarretière qu'il serait dommage de la répudier. Elle est presqu'un symbole. Elle évoque une promesse souvent, et souvent aussi, une réalité. La marquise d'Oboso, quoique vieille, mais fidèle à son origine, l'orne d'un minuscule poignard. Yvonne la ferme à l'aide d'une petite clef d'or. Je n'en suis encore qu'à la simple et traditionnelle agrafe.

Le pantalon et la chemise doivent être, rigoureusement, assortis—de même couleur et de même étoffe.

Quelques femmes de la colonie américaine, principalement, ont inventé de se débarrasser de la chemise et de porter le corset sur la chair ou, au lieu de corset, une ceinture en peau de daim très souple, lacée dans le dos, moulant la poitrine, assez semblable à celle qu'employaient les Romaines, au temps où il y avait des Romaines. En ce cas, une petite jupe, qui se raccroche au corset ou à la ceinture, tombe sur le pantalon et donne l'illusion de la chemise.

Cette mode—c'est une mode, paraît-il—n'a été que peu appréciée. Elle déshabille trop vite la femme et ne plaît, si l'on en croit les confidences, que médiocrement aux hommes. Il y a de la brutalité dans cette façon de s'alléger d'un vêtement si peu gênant et si plein de grâces mystérieuses, si prenant dans sa souplesse, si amoureusement réservé dans ses volontaires révélations.

Voilà un cours de lingerie qui effraierait bien des ménagères, d'honnêtes ménagères!

Dans sa complication raffinée, il donne raison au prince de Palan. La femme qui le connaît et qui s'en inspire, dans l'arrangement intime de sa parure, a des motifs sérieux pour ne pas le dédaigner. Il donne raison au philosophe, aussi, qui pleure sur la mort de l'amour naïf et qui s'en va, vantant le goût simple du bon roi Henri qui détestait qu'une femme versât même, sur ses cheveux, la plus petite goutte de parfum.