—Tais-toi, dis-je.—Si l'on réfléchissait trop à ces choses, on haïrait l'amour.

Mon amie haussa les épaules.

—Non, conclut-elle, on ne haïrait pas l'amour qui est l'élément le plus exquis de la vie, mais on l'envisagerait peut-être avec moins d'exclusivité. On ne songerait plus autant à l'égoïsme qu'il crée et l'on se dirait qu'il est sage de ne le considérer que dans ses fins dernières—que dans la minute qu'il embellit, dans la pensée qu'il charme, dans la sensation qu'il procure. On le débarrasserait de toutes les fictions, de toutes les conventions, de toutes les inquiétudes dont on a l'habitude de le charger et l'on s'en irait avec lui, plus léger, sous le soleil et dans les fleurs. Il ne nous apparaîtrait plus qu'ainsi qu'un étincelant papillon dont l'élégance affinée et les chatoyantes couleurs seules séduiraient.

—Gentil docteur, combien votre leçon?

—Un baiser.

Je payai bien volontiers, avec la monnaie exigée, le discours d'Yvonne. Son bavardage, exempt de tout pessimisme, m'avait rassurée sur moi-même et sur les autres.—Comme «les autres,» actuellement, pour moi, c'est M. de Nailes, je me refusai à discuter plus longtemps. Je mis mon amie à la porte et je m'habillai pour un dîner, chez les Johnson, où je devais la retrouver.


PSYCHOLOGIE DES CARESSES

Depuis le très subtil entretien que j'ai eu avec Yvonne sur les caresses, j'ai beaucoup réfléchi et il m'a paru curieux de rechercher non pas le plus ou le moins d'importance qui leur appartient, dans leur diversité, mais la nature propre à chacune d'elles, mais la sensation qu'elles procurent, selon qu'elles viennent de l'un ou de l'autre de nos sens.