M. de Nailes le donne fort gentiment et, à mon avis, tel qu'il faut qu'il soit donné.

C'est, avec lui, comme une caresse délicate, reposante, qui court sur les lèvres, sur les yeux, sur tout ce qu'il vient d'aimer; c'est, avec lui, comme le muet remerciement, comme le sentiment matérialisé, mais reconnaissant, de la joie qu'il a éprouvée.

La femme la plus voluptueuse—la moins pudibonde, par conséquent—se sent envahie, après l'abandon, par l'involontaire regret de cet abandon. Or, si les hommes avaient l'intuition de sa pensée, en cette heure, si les hommes savaient la récompenser de son émoi, de sa secrète alarme, en mettant dans leur baiser de... clôture, de la chasteté presque, ils seraient doublement aimés.

Yvonne dirait qu'ils seraient, alors, trop parfaits et trop heureux.

Mon Dieu, pourquoi non, après tout?... M. de Nailes est ainsi, ou du moins m'apparaît ainsi, et je ne m'en plains pas.


LA FEMME ET LES CARESSES

Je croyais en avoir fini avec le chapitre des caresses, mais il paraît qu'il est plus compliqué que je ne le pensais.—Yvonne, à qui j'ai fait part des réflexions qu'il m'avait inspirées, m'a joué le méchant tour, cette après-midi, chez la marquise d'Oboso, pendant que ces dames savouraient, avec des mines friponnes, de nombreuses tasses de thé, de répéter ce que je lui avais confié.

Tout de suite, alors, la conversation s'est animée, a pris un tour de galanterie piquante, et l'abbé de Mervil qui s'occupait à nous confesser, sans en avoir l'air, a fait: «—Hum... hum...»—et cette bégueule de Mme Berthaud s'en est allée, donnant comme prétexte à sa sortie, des visites de charité fort urgentes.