Le nez—ce pauvre nez dont Yvonne, l'autre jour, avait fort envie de se moquer, tout en plaidant sa réhabilitation, a un rôle important, également, dans la possession. Il est comme le conducteur des mouvements passionnels—physiques ou intellectuels—de l'amant, et dans la recherche à laquelle il s'habitue, soit qu'il hume, délicieusement, l'odeur préférée de la femme aimée, soit qu'il recueille plus spécialement les effluves qui s'échappent de son être, il atténue ou accroît le désir. Il me semble que les voluptueux préféreront toujours, au charme d'un produit de parfumeur, le charme moins banal d'un corps de femme.
A la minute exquise et douloureuse de l'abandon, les trois caresses de la main, de la bouche et du nez—du toucher, du goût et de l'odorat—formeront, dans un ensemble, la joie mystérieuse en dehors de laquelle rien n'existe, parce qu'elle est absolue, parce que sa genèse est dans la vie même.
Je parlais, plus haut, du baiser, et je m'essayais à en fixer la psychologie—une psychologie très sommaire et exempte de pédantisme, je crois.
Je ne veux pas terminer ces feuillets, aujourd'hui, sans en compléter l'expression.
Il y a trois sortes bien distinctes de baisers: le baiser d'avant, le baiser de pendant et le baiser d'après la possession.
Le baiser d'avant la possession doit être timide, prudent, doux, discret et modeste. Il doit être pareil, un peu—pour employer une comparaison—à un voyageur qui frapperait à une porte et qui se ferait humble pour qu'on lui accorde l'hospitalité. Si le voyageur est un bandit ayant l'intention de mettre à feu et à sang la maison, il se gardera bien, alors, de révéler son véritable état; si le baiser est un baiser terrible, un brigand de baiser, il se gardera bien de montrer l'ardeur qui l'anime, de laisser deviner les méfaits dont il compte se rendre coupable.
Le baiser de pendant la possession a tous les droits, tous les devoirs même d'un conquérant. Qu'il saccage, qu'il morde la bouche qui l'agrée, il sera pardonné—tel un soudard, en une ville vaincue, est souvent excusé par la belle fille qu'il vient de trousser.
Le baiser d'avant et le baiser de pendant la possession, doivent être assez bien entendus de la plupart des hommes et tous en observent, probablement, les nuances presque instinctivement.
Je doute que le baiser d'après la possession soit aussi bien, aussi communément compris.
Les uns doivent le faire trop brutal, les autres trop indifférent.