LE LANGAGE EN AMOUR

Si l'on demandait à une jeune fille dont le cœur s'éveille, ou à une toute nouvelle épousée, s'il y a un langage spécial, en amour—un langage qui développe l'imagination, qui affole les sens, la jeune fille ou la toute nouvelle épousée resterait, certainement, bouche bée, surprise, embarrassée.

En dehors du:—«Je t'aime»—habituel, en dehors des mille et une douceurs parlées que comportent la cour que l'on fait à une femme, ainsi que les premiers temps de la possession, elle ne devinerait rien, aucun des mots inquiétants qui, cependant, caractérisent l'amour et jaillissent des lèvres des amants.

J'ai été pareille à cette jeune fille, à cette épousée, et il a fallu que ce qui est, fût—que je trompasse mon mari pour que ces mots me fussent révélés, pour que je comprisse que l'amour a un langage particulier—délicieux, enivrant, dans sa brutalité même—pour que je comprisse, également, que la volupté a deux folies bien distinctes auxquelles rien ne résiste: la folie de l'action et la folie de la parole.

Il en est du langage, en amour, comme des caresses qui, elles, appartiennent à la folie de l'action.

Le langage d'avant et le langage d'après ne sont point le langage de pendant.

Le langage d'avant, fait de tendresses, de syllabes musicales—si je puis ainsi m'exprimer—est comme le prélude d'un opéra à grand spectacle, et prépare à bien recevoir les accords plus puissants, plus pathétiques, plus intimes aussi, des scènes qui vont se jouer. Rien de trop vif, de trop audacieux, ne doit en atténuer la mélodie, en rompre le charme—l'illusion même. Car toute femme qui va se donner, malgré la conscience très nette des faits qu'elle accepte, a comme le besoin instinctif de se tromper soi-même sur la réalité de ces faits; elle se livre sans vouloir songer, entre les bras de l'homme qui s'empare d'elle, sous ses baisers légers, sous sa voix murmurante, qu'elle fait l'offre de son corps, de tout ce qui est elle—réfractaire presque, durant un éphémère moment non exempt de subtiles délices, à l'exaltation de son âme, à la démence de sa chair.

Le langage d'après ressemble beaucoup à celui d'avant. Il est comme le ressouvenir de l'heure d'entraînement—de l'heure chaste—et dans sa câline expression, il doit ramener la femme au rêve, il doit lui faire oublier, presque, l'instant douloureux et exquis, à la fois, en lequel elle s'est perdue. La femme, après la possession, a non seulement un peu le regret de sa faiblesse, ainsi que je l'ai dit précédemment, mais elle en a aussi la honte, la rancune. A la confusion de s'être dévoilée devant l'amant, s'ajoute, en elle, la colère de se sentir physiquement moins forte que l'homme. Cette constatation, qui lui mettrait peut-être de la rage dans le cœur, la fait sourire bientôt, si celui qui l'a vaincue sait dissimuler son triomphe par des mots opportuns, par des paroles appropriées à la situation toujours très délicate que crée, entre deux êtres, la minute de l'apaisement, du repos, de la séparation.