La femme, en amour, veut être étonnée sans cesse, a l'horreur instinctive de la chose admise, apprise et répétée. Elle exige un au-delà toujours nouveau, comme le viol reproduit à l'infini, de sa pudeur. C'est dans ce sentiment que lorsqu'elle paraît vouloir se dérober à l'initiation plus accentuée de la possession, elle ne doit pas être entendue, obéie, car elle est prête—l'amant peut en être certain—à accepter toutes les surprises.
Cette dissimulation, chez la femme, n'est pas ignorée des amants adroits et ils font devant elle ce que font les bons conteurs devant un auditoire attentif.—Ces derniers se gardent bien, malgré les sollicitations qu'on leur prodigue, de dire, en une causerie, toutes les histoires qui sont en leur mémoire, et ils s'arrangent de façon à pouvoir intéresser, chaque fois, par une anecdote neuve—même s'ils ont réédité l'anecdote de la veille.—Les amants adroits agissent ainsi: ils apportent des changements en leurs baisers; ils les font anecdotiques.
La femme est ce que la fait l'amant et celle qui a la chance d'appartenir à un sensationiste, agrée non seulement avec joie ses leçons, mais se révèle dans toute la puissance, dans toute la spontanéité des impressions qu'elle subit, comme une très personnelle amoureuse.
Yvonne me disait, récemment, que tout dans la femme, est bon pour l'amour, que tout, en elle, est fait pour la caresse, que tout ce qui est elle, physiquement, doit concourir à la recherche ainsi qu'à la réception du plaisir.
Cet absolutisme, dans la possession, cette généralisation de la sensibilité féminine, m'ont tout d'abord un peu effrayée. Je reconnais, maintenant, qu'Yvonne a parlé avec vérité et qu'il n'y a rien que de très délicieux, dans cet abandon entier de la femme à celui qui la désire.
La femme est toute intimité, et nulle partie, nul recoin de son intimité ne doivent être négligés par l'amant.
La femme que l'amant dédaigne, oublie de visiter en les plus mystérieuses retraites de son corps, n'est point, réellement, à celui qui la fréquente ordinairement, et elle le délaissera, sûrement, en une heure de curiosité trop nerveuse.
J'ai lu, quelque part, qu'un homme à qui on avait présenté sa femme, nue, mais la tête recouverte d'un épais voile, au milieu d'autres femmes pareillement dévêtues et masquées, ne l'avait pas reconnue.
Cet homme, évidemment, était un primitif, en amour, et la stabilité de son intimité conjugale devait être fort compromise.
Il aimait sa femme, peut-être; mais il l'aimait mal, puisqu'il ne l'aimait que dans la nuit de son alcôve et dans celle de ses sens, puisqu'il l'aimait avec simplicité.