Une sensationiste, cela se comprend, est une femme qui dédaigne les choses convenues, acceptées; qui pour se rendre à Rome, par exemple, passerait par le pôle Nord, au lieu de monter tout simplement en wagon, à Paris, et de se laisser voiturer vers son but.

Ce n'est donc pas sur le mot que s'est engagée la discussion, mais sur le fait, c'est-à-dire sur les divers points passionnels qui constituent le sensationisme.

Cette discussion, en vérité, a été fort curieuse.

Après avoir énuméré les différents cas en lesquels une femme témoigne le besoin presque instinctif d'étrangetés, d'à-côtés, en amour, comme la circonstance où elle se fait conduire dans un mauvais lieu, «pour voir,» pour s'emplir le regard, ainsi que la pensée et tout l'être, d'images, de souvenirs qui l'écœurent, sans doute, mais qui l'exalteront en de certaines heures, comme la circonstance encore où frôlant, apercevant un beau gars, rustre ou élégant, elle se sent prise du désir irrésistible de lui appartenir, sachant parfaitement qu'elle l'oubliera après l'étreinte; après avoir énuméré, donc, ces différents cas de perversion sensuelle, Mme de Sorget a abordé la question d'une façon plus large, plus intéressante, plus directement liée à notre intimité, à nos mœurs.

Et l'éternelle histoire de la femme inconstante, de la femme qui change d'amants comme de gants, a été soumise à nos délibérations.

Bien des opinions ont été formulées soit en faveur, soit en défaveur de la femme infidèle. Je ne les reproduirai pas et me contenterai de résumer les conclusions qui ont clos notre dispute.

Une femme, si je m'en tiens à ces conclusions, reste friande du même baiser ou recherche la caresse de lèvres sans cesse nouvelles.

Si elle est d'une nature calme, passive, si elle est une instinctive satisfaite, exempte de toute inquiétude charnelle, elle ne trompe point l'ami qu'elle s'est choisi et il n'y a pas lieu de la féliciter de sa sagesse, puisque cette sagesse n'est qu'un corollaire de son tempérament.

Si, au contraire, elle est une curieuse, une assoiffée de science amoureuse, elle ne peut—en prît-elle la résolution—demeurer fidèle, observer la correction d'allures qui distingue la femme uni-passionnelle et, dans le dérèglement de son existence, il n'y a pas lieu davantage de la blâmer de son ardeur au plaisir—à un plaisir toujours neuf—puisque cette ardeur découle fatalement de l'entraînement de ses nerfs.

C'est une sensationiste et, comme telle, elle se dérobe à toute loi sociale ou mondaine, à toute chose consacrée par l'approbation, par le respect de la foule.