—Mon Dieu, ni l'un, ni l'autre... ou plutôt, instrumentiste.

—Pianiste?... violoniste?

—Non... tout ça... trop commun... Je joue du tambour.

—Du tambour?

—Oui; et comme, à Paris, jouer du tambour est défendu, j'ai fait capitonner, sur toutes ses faces, une chambre dans mon appartement où, sans gêner personne, je passe mes journées à «battre.»

Je ne pus tenir mon sérieux. Cet homme qui joue du tambour, durant toutes ses journées, qui est le duc de Blérac et qui trouve en moi tant de choses perverses, m'apparut comme le type le plus réjouissant qu'il fût offert de rencontrer. J'éclatai de rire, et, comme il ne comprit pas la cause de ma gaîté, il se mit à rire avec moi.

En me reconduisant à ma place, il m'a invitée à venir voir son installation musicale. Je l'ai remercié.

Comme la soirée s'achevait, je pensai: des mains se sont promenées sur tout ce que mon corps laissait à leur portée; des bouches ont prononcé, à mes oreilles, des mots que la correction mondaine empêchait tout juste d'être inconvenants; des regards ont fixé mon regard, dans une convoitise à peine dissimulée.

C'étaient donc là, les choses que j'ignorais, jeune fille, et au-devant desquelles j'allais, tout à l'heure, presque émue?

J'eusse dû m'indigner. Je ne m'indignai pas, je le confesse, et, quoique je reconnusse la sottise de ceux qui m'avaient ainsi ennuyée, je trouvai quelque attrait que je ne saurais expliquer au danger que cachaient leurs paroles ou leurs gestes et que, dans un instinct, je devinai.