Dans le cas qui m'occupe, je me trouve en présence d'une femme qui n'abdique rien, en somme, de sa nature, de sa féminité et si je n'approuve pas, pour moi-même, ses procédés, je ne me crois pas autorisée à les blâmer.
La sensationiste dont je parle n'a rien de la femme qui, reniant son sexe, cherche, en dehors d'elle-même presque, des satisfactions étrangères à l'amour. Elle pourra s'attacher à la compagne qu'elle aura choisie, la chérir même; mais elle ne s'attardera point, avec elle, en des clandestinités; mais l'affection, la passion qu'elle ressent pour son amant, ne souffriront en aucune façon de la dualité qu'elle s'impose.
Elle est consciente et inconsciente, à la fois, de l'étrangeté de son désir: consciente, en ce qu'elle a la volonté très nettement formulée d'en goûter la volupté; inconsciente en ce que, dans l'accomplissement de son contentement, elle perd la notion du moi et du non-moi, se trouble, passionnellement, au point de vivre la vie même de sa compagne.
Le cas est particulier, sans doute, mais il n'a rien d'odieux. Et si je ne redoutais de m'exposer à la réprobation des simples, je dirais qu'en amour, tout ce qui n'est ni odieux, ni grotesque, peut être sinon accepté, du moins envisagé avec quelque philosophique bienveillance.
LES COUPABLES
Pour qu'une femme consente à se doubler d'une compagne, dans l'intimité, comme je l'ai dit, il faut qu'elle soit ou très intelligente ou très perverse—qu'elle apporte dans la sensation qu'elle recherche ou une extrême compréhension de la vie amoureuse ou une très subtile curiosité.—Cette femme, on ne peut le nier, se trouve rarement et forme, dans la catégorie des sensationistes, une minorité.
Il est un genre de sensationiste dont la rencontre est plus fréquente, plus banale aujourd'hui. C'est la femme qui se laisse prendre au charme d'une amie, qui en est aimée et qui l'aime comme si elle était ou sa maîtresse ou son amant.
Un jour, en l'une des conférences exquises dont elle a le secret, la vieille marquise d'Oboso nous a expliqué la psychologie de cette femme et a couvert son péché d'une si gentille indulgence qu'elle ne nous a point semblé commettre une très grande faute. La psychologie de la Lesbienne—il faut bien appeler les choses et... les femmes par leurs noms—telle que nous l'a détaillée, un peu sommairement, mais aimablement, la marquise d'Oboso, est la même, à peu près, que celle de la femme dont il a été question dans la précédente méditation.