La volupté se dégage de l'extériorité des choses qui entourent une femme, comme de la vue, comme du contact même de cette femme.
Or, l'amant sincère qui subit si profondément l'influence des objets qui appartiennent à sa maîtresse, l'influence du cadre en lequel se dessine sa silhouette, est d'autant plus apte, d'autant plus ardent à chérir, d'autant plus disposé même à faire montre de son savoir, que la femme qui le reçoit sait mieux établir, autour d'elle, et pour lui, pour le baiser qu'elle attend, une atmosphère de tendresse, une séduction ambiante à laquelle il lui est impossible de résister.
Le jeu d'amour, comme tant de jeux, exige de l'application, de l'habileté, une intellectualité qui provoquent toutes les ressources des partenaires en présence. En une époque où les nerfs exaspérés ont acquis une sensibilité excessive, vibrent impérieusement, où l'affinement, la recherche, la nouveauté des sensations font de l'amour une chose compliquée et le privilège luxueux d'une minorité, il est nécessaire que la femme comprenne, si elle tient à la durée du culte dont elle est l'objet, que tout, en elle, doit s'offrir à concourir à l'expression personnelle de son désir, comme à l'éclosion des satisfactions, des espérances qui se lèvent devant elle, sous la chaleur de son souffle, sous la douceur de son contact.
Une amoureuse, réellement digne de ce nom, ne devrait jamais laisser de porte ouverte à l'imagination de l'homme qu'elle admet en son intimité. Dès l'instant où l'homme pose son pied sur le tapis de sa chambre, il devrait ne plus s'appartenir, il devrait se sentir pris par l'âme comme par les sens et marcher vers l'oubli de tout ce qui n'est pas sa maîtresse. Par la vue, par le toucher, par l'odorat, par l'ouïe, par le goût, il devrait posséder non seulement la femme, mais encore tout ce qui forme la nature, l'essence, la matérialité même de son intimité. Sa pensée, sa chair, agrippées comme en un piège—mais comme en un piège délicieux—devraient devenir étrangères au monde et s'endormir dans le charme de la caresse donnée et reçue, dans la volupté enveloppante, aussi, des choses, des objets au milieu desquels naît cette caresse.
Je sais bien qu'il est malaisé à une femme, souvent, de revêtir ainsi son intimité d'une sorte de décor magnétique qui en accroîtrait l'influence. Il est, cependant, des femmes qui ne manquent pas d'adresse et qui puisent leur force dans le souci constant qu'elles prennent de leur attitude, des sensations qui se produisent à leur approche.
On citait, récemment, une femme qui étant une très belle causeuse en même temps qu'une superbe amoureuse, avait deux parfums spéciaux à son usage—un parfum pour les heures de la conversation et un autre pour celles de l'amour.
Le parfum de la conversation était doux, discret; c'était un parfum paisible, honnête, bon enfant, qui laissait aux hommes toute leur lucidité d'esprit, qui ne les incitait qu'à des propos pleins de réserve.
Le parfum de l'amour était capiteux, étrange; c'était un parfum nerveux, impudique, batailleur, qui mettait de la folie dans le cerveau, qui inspirait des audaces, des aveux impatients.
Cette femme fut heureuse, ayant la double satisfaction de l'âme et de la chair.
Toute amoureuse devrait songer à l'imiter et imprégner sa vie, sa personne, son intimité de ces deux parfums, qui maintenaient sa puissance.