Yvonne en connaît-elle le secret, comme elle connaît celui de tant d'autres choses?
Je le lui demanderai.
DON JUAN
A propos de je ne sais quelle discussion philosophique, chez Mme de Sorget, on en vint à parler de don Juan; et à ce nom, à l'évocation du personnage légendaire qui le porte, il y eut des pâmoisons, presque, autour de nous.
Don Juan, c'est-à-dire l'homme cruel aux femmes—à la femme plutôt—l'égoïste froid qui ne cherche qu'une sensation personnelle, qui regarde la femme comme l'instrument passif de son plaisir, qui fait l'amour comme on accomplit une fonction naturelle, comme on boit, comme on mange, comme on dort, mu par le seul besoin de satisfaire son animalité, don Juan a la faculté encore d'émouvoir des âmes, de troubler des sens, de soumettre à son autorité des imaginations.
Je comprends peu l'engouement qu'il inspire; j'avoue même, en dehors de toute impression individuelle, que son caractère me semble fort vulgaire, fort banal, et que le bruit qu'il a fait, dans le monde, me paraît exagéré.
Don Juan est un type commun et qui ne vaut pas d'être chanté en vers ou en prose par tant d'écrivains de tous les pays. On le rencontre partout, un peu, dans les salons, dans la rue, dans les mauvais lieux; il est élégant ou haillonneux, selon le milieu en lequel il s'agite; et la spéciale galanterie qu'il professe, qui l'a rendu et qui le rend encore célèbre, ne présente qu'un médiocre intérêt.
Don Juan possède beaucoup de femmes, a toutes les femmes qu'il désire et les abandonne toutes, dès la première caresse assouvie.