LES SEPT GRACES DE LA FEMME
La femme est la source d'amour inépuisable, et comme les fidèles adorent la madone, dans ses Sept Douleurs, l'homme peut l'aimer—on dirait que ce chiffre est fatidique—dans les Sept Grâces qui sont en elle.
Ces grâces sont: les Cheveux, les Yeux, la Bouche, la Main, la Jambe, les Seins, l'Intimité.
Il n'est point d'amant véritable qui, se contentant de la dernière de ces grâces, dédaigne de demander à celles qui l'accompagnent, le complément de sensation, l'exquise impression qu'elles renferment et qui font, de la possession, une chose parfaite, une joie absolue.
Les Cheveux de la femme ont, par leur odeur, par leur toucher, une caresse particulière et une influence spéciale sur le désir de l'homme. Leur contact le prépare au baiser et, dans le magnétisme, dans l'électricité qui se dégagent de leur masse—brune, blonde ou rousse—il trouve les éléments nécessaires et progressifs de son exaltation. L'homme, sous le frôlement des cheveux de la femme, sous leurs émanations, est comme une bouteille de Leyde qu'on approche d'une machine électrique, par exemple; il emmagasine une force qui développe ses facultés et qui, dans l'expression plus effective de la volupté, se manifeste pareillement à l'étincelle qui jaillit de la bouteille de Leyde, lorsqu'on la met en relation avec un objet conducteur du fluide.
On pourrait, sans doute, critiquer cette façon scientifique et trop matérielle d'expliquer le jeu passionnel de l'un des principes de l'amour. Je crois que l'on aurait tort. L'amour a beaucoup d'analogie avec les phénomènes physiques et s'il n'est pas défendu de le spiritualiser, s'il est bien même de le poétiser, il est raisonnable de le traiter, parfois, presque chimiquement.
Toutes les grâces de la femme ne s'analysent pas, d'ailleurs, de la même manière et si l'influence des cheveux supporte une démonstration scientifique, les Yeux ne sauraient s'y prêter.
En amour, le plus souvent, la parole naturelle n'existe pas et c'est par le seul regard que communiquent les amants. Les yeux disent la pensée de la femme, ses émois, ses espoirs, ses satisfactions, ses inassouvissements. Soit qu'ils se fixent, suppliants ou impérieux, sur ceux de l'homme, soit qu'ils se ferment à demi et se perdent mourants, comme en des espaces que la femme seule aperçoit, qu'elle seule crée et traverse, ils expriment toutes les phases de la possession et leur langage qui remplace celui de la bouche—leur langage muet et fait de sensations éprouvées dans la spontanéité de la caresse—dirige l'homme dans son baiser et lui inspire, presque à son insu, de subtiles attentions.—Les yeux de la femme révèlent le degré plus ou moins puissant de sa nature passionnelle. Il est des femmes dont les yeux distillent l'amour, comme certaines plantes des parfums délicieux; il est des femmes dont les yeux jettent un appel auquel nul amant ne peut se dérober. Le désir, la folie de l'intimité les prennent, à les contempler, et s'il ne leur est point permis de les voir, dans le secret, dans le mystère du tête à tête, ils en gardent le souvenir—comme, sur la chair, la marque profonde d'un fer rouge.
La Bouche de la femme a plus de matérialité—son contact étant tout charnel—que ses yeux.—Silencieuse dans l'amour, elle a, cependant, ces deux caresses divines et suprêmes: la caresse du sourire et celle du baiser.—Elle pose, tout à la fois, l'un et l'autre—le sourire et le baiser—sur la lèvre de l'homme et elle l'attire, abîme charmant et doux, comme dans le vertige d'un gouffre attractif.—La bouche de la femme est comme la porte officielle de l'amour. L'amant la franchit avec son âme et avec son corps, et c'est sur son seuil, c'est sous son portique rose, qu'il sent, qu'il devine les joies qui lui vont être offertes.—Sa matérialité même, la saveur qui s'en échappe, le saisissent et le retiennent, dans le mélange d'un souffle désormais unique, dans la communion invisible d'une tendresse, et il lui semble qu'il voit l'âme et le désir de sa maîtresse, comme si ses lèvres avaient un regard.—La bouche de la femme a des mœurs vagabondes aussi. Elle est pareille à un gentil chanteur qui parcourrait les rues, semant de l'harmonie, du charme devant toutes les demeures. Elle n'ignore rien de l'amant et, dans l'essèmement de baisers qu'elle verse sur lui, il goûte la mélodie tantôt nerveuse, tantôt calme de l'amour—tel le refrain du gentil chanteur charme ou exalte ceux qui l'écoutent.—La bouche de la femme est presque toute la femme.—La femme prend et offre, par elle, plus peut-être que par son intimité qui n'est que le complément obligé du baiser—que le palais magnifique en lequel s'arrête et se repose le voyageur, après une longue route.