La Main de la femme est l'une de ses grâces les plus réelles, les plus chères.—Non seulement elle est agréable à regarder, à effleurer des lèvres, à toucher, mais elle contient presque toute l'intellectualité en même temps que toute la matérialité de l'amour.—Dans son contact, il y a, en effet, autant d'intelligence que de passion physique. Elle est l'initiatrice, la conductrice du plaisir; elle détient la science et la pudeur de la possession; elle est l'élément générateur de la caresse, en même temps qu'elle en est l'instrument docile et soumis; son rôle fait d'activité et de passivité à la fois, est très subtil, très délicat. La main de la femme, dans la possession, est comme celle d'un pianiste, dans un concert. Placée devant un clavier, il dépend d'elle de charmer ou d'irriter, de séduire ou de lasser. C'est la dispensatrice du plaisir, c'est la créatrice du désir, c'est l'enchanteresse sublime qui pare du décor de la plus infinie tendresse, toute l'intimité, qui revêt d'une intelligente attraction les matérialités de la volupté.
La Jambe de la femme possède une séduction particulière. Elle conduit au mystère et, dans la vision qu'on en a, habituellement, perdue en des froufrous soyeux, elle inspire à l'homme cette impression spéciale qui le mène, dans la vie, à la recherche de l'inconnu. Plus que toutes les autres grâces de la femme, elle est suggestive, prenante et affolante; il est des hommes qui, ignorant le visage d'une femme, la suivent obstinément, sans l'espoir même de lui parler, pour n'avoir aperçu que le contour de sa jambe, au relevé d'un trottoir, au milieu d'une chaussée.—La jambe, comme la main, est susceptible d'intelligence et, dans l'amour, son influence n'est pas moindre sur l'homme.—La jambe a sa caresse, son charme, sa séduction particuliers. Elle peut être impudique ou exquisement amoureuse. L'impudicité de la jambe, son inélégance, ne sont point excusables et peuvent créer une séparation irrémédiable entre deux amants. L'affinement de son attitude, au contraire, exalte le désir.—J'ai dit que la jambe conduit au mystère. Elle est comme la grand'route de la possession, en effet, et il est nécessaire que tout, en elle, arrête le regard de l'homme.—L'homme, en amour, est comme un promeneur qui s'en va, un peu à l'aventure, admirant des paysages—ici, une vallée, là une colline. Plus la route est riante, plus il s'attarde à la parcourir. Or, la jambe de la femme est assez comparable à cette route. Selon qu'elle caressera l'œil de l'amant, la possession—c'est-à-dire le repos, l'arrivée du voyageur, seront plus ou moins délicieux.
Les Seins de la femme sont doux à l'amant, dans le calme, surtout, dans l'apaisement qui succèdent au désir et au partage de la volupté. Ils s'offrent à son baiser, avant la possession, et lui procurent une impression d'art plutôt qu'une impression passionnelle. Ils se prêtent à son repos, après la possession, dans le charme d'une tendresse qui n'a presque plus rien de sensuel.—Les seins de la femme sont une oasis où l'amant se retire, comme l'explorateur africain, heureux et exténué, sous la brûlure d'un ciel de feu.
L'Intimité de la femme—sa septième et suprême grâce—la plus désirable, ou mieux, la plus désirée—n'est peut-être pas de toutes ses grâces, malgré la facilité apparente de sa possession, la moins subtile, la moins empreinte d'intelligence.—Elle a son expression passionnelle particulière; elle a son langage spécial et personnel, et suivant que ce langage et cette expression sont plus ou moins charmeurs, plus ou moins savants et élégamment observés, son pouvoir est relatif ou absolu.—Elle est le mystère;—elle est la porte secrète de l'amour, comme la bouche en est la porte officielle. Pour que la possession soit entière, pour que la joie de l'abandon soit goûtée infiniment, il est nécessaire que l'amant la connaisse, se soumette à elle, à sa volonté, en même temps qu'il en reste le maître.—L'intimité de la femme est comme une liqueur précieuse qui demande à être dégustée lentement et qui, absorbée d'un trait, ne laisse qu'une saveur indistincte.—C'est la fin dernière de l'amour et c'en est aussi l'éternel recommencement.—Toutes les grâces de la femme sont faites pour elle, concourent à sa satisfaction, conduisent en elle la caresse, et la caresse meurt en elle pour renaître plus intense, plus complète, plus sûre d'elle-même.—L'intimité de la femme est divine, car l'homme oublie, par elle, qu'il est homme—c'est-à-dire inassouvi sans cesse, malheureux. Sa misère morale ou matérielle s'efface devant elle et, dans la séduction immuable qu'elle porte, elle est toute l'âme, elle est tout le corps de l'humanité—elle est la Vie.
Telles sont les Sept Grâces de la femme.—Combien de femmes en ont la conscience et combien d'hommes savent les servir, les aimer?
RECOMMENCEMENT CONJUGAL
Il y a deux jours que je n'ai vu Yvonne et il y a quelques heures à peine que je n'ai vu M. de Nailes.—Que de choses, en ces deux jours, en ces quelques heures sont venues, brusquement, troubler ma paisible existence!
Comment les leur apprendre?