Jean ne me quitte plus, et c'est tout le temps, avec lui, depuis une semaine, des baisers, des baisers, des baisers.
J'ai été obligée d'écrire à M. de Nailes que je ne pouvais le rencontrer et qu'il attende que je lui dise quand il me sera loisible de le revoir.
Je crains bien—pour lui—par exemple, que la possibilité d'une rencontre avec moi, autrement que dans le monde, ne se présente plus. Mon mari, que je croyais ignorant de notre liaison, la connaissait, et la façon qu'il a employée pour me faire savoir qu'il était au courant de mon aventure, me paraît mettre un terme à cette aventure.
Hier soir, comme nous rentrions, Jean et moi, à la maison, après une sauterie chez les de Sorget, et comme nous venions de nous aimer plus ardemment encore que tous les jours et soirs précédents, nous avons eu un entretien qui, dans son originalité, est très important.
Tout à coup, mon mari s'étant à demi assis en notre grand lit—«notre» grand lit!...—comme ce mot «notre» me semble aimable...—me regarda, sourit et s'étirant la moustache qu'il a très fine, mais qui était alors un peu embroussaillée, me dit:
—Eh bien, madame, voilà une semaine que je vous adore, vous n'en doutez pas, je pense. Et vous, m'aimez-vous?
J'entrai dans son jeu et répliquai:
—Un peu, beaucoup, passionnément...
—Arrêtez-vous là, fit Jean, sur ce «passionnément.» C'est ainsi que je veux être aimé de vous et vous aimer. Mais... (il eut une hésitation) mais... puisque nous sommes de gentils amoureux, il ne faut pas l'être incomplètement. (Et brusquement, sur le ton d'un affreux juge d'instruction:) Qu'allez-vous faire de M. de Nailes, maintenant?
J'eus un sursaut, m'enfonçai sous les draps et cachai ma tête en mon oreiller.